COMPTE RENDU Compagnonnage au cabinet dentaire – février 2019

COMPTE RENDU

Compagnonnage au cabinet dentaire

Hôpital de Kankan du 19 janvier au 2 février 2019

 

                                                         

 

Référents experts:

Catherine MANGIN

Chirurgien dentiste

Première mission à Kankan

 

1) Introduction

D’après les rapports des précédentes missions, il semble nécessaire d’améliorer la pratique dentaire d’une part pour le praticien d’autre part pour l’organisation et l’asepsie du cabinet. Il semble également indispensable de sensibiliser la population aux soins.

 

 2) Objectifs

– Encadrement des jeunes dentistes en prodiguant des conseils ciblés sur l’exécution du travail.

– Évaluation des besoins de la population par une campagne de dépistage et de prévention bucco-dentaire pour une prise de conscience à l’alternative de l’extraction dentaire

 

3) Déroulement

Faisant ma première mission humanitaire j’ai découvert les services hospitaliers qui m’ont paru démunis en matériels et une hygiène encore insuffisante..

Le cabinet dentaire est composé de deux pièces avec deux fauteuils l’un servant à la chirurgie, l’autre aux soins conservateurs, et d’une pièce servant de laboratoire pour la fabrication de petits appareils amovibles.

Puis se font les présentations : Dr Diallo Madany, chef du service, Dr Koulibaly Fodebitom, chef de service adjoint, Dr Keita Morike, Dr Kaba Aminata, Madame Keita Sayou, étudiante présentant sa thèse le mois prochain et quatre ATS.

Le cabinet dentaire ne bénéficie de l’électricité que de 11 heures à 15h. Les deux fauteuils n’ont pas d’eau, il y a une radio qui ne fonctionne pas et pas d’aspiration chirurgicale.

J’ai trouvé un cabinet sale, des fraises et des instruments non nettoyés, une instrumentation éparpillée dans des endroits exposés à la contamination.

Mon premier travail a été de proposer un nettoyage de tous les instruments et de les ranger ainsi que les produits consommables d’une manière fonctionnelle, facilitant l’exercice.

J’ai beaucoup insisté sur l’asepsie. Il me semble que cela a été bien compris car tous les matins j’ai trouvé un cabinet rangé et propre. Mais hélas il manque de produits antiseptiques et souvent le seul recours est l’eau de javel avec risque d’oxydation secondaire du matériel.

Les actes conservateurs sont difficiles à réaliser par manque de matériel (fraises, broches, limes…) et de produits consommables.

Le personnel soignant a une bonne approche théorique mais un déficit en pratique par manque d’expérience malgré une forte motivation de progression. J’ai longuement expliqué la position des mains tenant les instruments et les points d’appui. Dans le cas de traitements endodontiques, tous ont de gros problèmes de repérage des entrées canalaires et par ce fait tordent les broches et risquent de fracturer les instruments dans la dent.

Quant à la chirurgie, il faut absolument insister sur la nécessité de faire des anesthésies efficaces et complémentaires si besoin car dans un tiers des cas les cris de douleur sont d’une intensité  extrême.

 

Campagne de prévention bucco-dentaire

Pendant la seconde semaine, nous avons effectué deux dentistes et moi-même une campagne de dépistage dans deux centres de santé, à Kabada et Salamani, auprès du personnel. Nous avons donné des conseils sur l’hygiène alimentaire, sur l’effet néfaste des sucres et boissons sucrées et enfin nous avons expliqué et montré la technique de brossage des dents.

Nous avons vu une centaine de patients. L’expérience montre à quel point il faut motiver cette population pour l’hygiène et les soins. En effet sur un échantillon représentatif de 22 patients de 22 à 29 ans, nous avons proposé 154 soins et extractions dentaires et en moyenne cinq dents étaient absentes par patient.

Sur les 100 personnes que nous avons contrôlées, deux seulement n’avaient pas de soins à effectuer.

Je pense que ces campagnes devraient se réaliser aussi à l’hôpital de Kankan et dans les autres centres de soins de la ville afin de responsabiliser et sensibiliser la population, acteurs de santé et consultants.

Enfin j’ai relu et corrigé la thèse de Madame Keita qui m’a consternée par son manque de connaissances et son absence de pratique.

 

4) Conclusion

Cette mission m’a permis de noter l’utilité de s’impliquer, de motiver les soignants, de leur donner les moyens matériels. Il faut leur apprendre à privilégier les soins des dents et ne pas choisir d’emblée l’extraction, ce qui est souvent le cas et les diriger dans leurs actes avec notre patience.

Enfin il faut enseigner à la population les risques encourus (cellulite, pulpites, parodontite…) par le manque de soins. Peu de personnes fréquentent le cabinet dentaire (par jour une dizaine pour la chirurgie, trois à quatre pour les soins conservateurs).

Cette mission a été pour moi très riche dans les contacts humains et m’a donné l’envie d’un investissement plus grand dans mon domaine.

 

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