Compte rendu de mission – Novembre 2018 – Kankan – Rapport d’étonnement relationnel France-Guinée

 

 

COMPTE RENDU D'ÉTONNEMENT de PATRICK CASTAING

Mission du 3 au 18 novembre 2018

 

KANKAN

Hôpital - IFPSED UNJK

Lycées

 

Sans revenir sur les comptes-rendus spécifiques que vous avez déjà lus, j’ai pensé qu’en toute modestie, mes impressions de nouveau missionnaire étonné pouvaient être la suite logique de ma participation à cette première mission avec EDA est fort ! Cette introspection est donc volontairement sans filtre, son seul objectif étant de formaliser un retour de cette première expérience.

Sur les généralités

 

Avant mission: en amont, les divers documents reçus, conseils sanitaires et contextuels, recommandations et mises en garde sont très utiles pour préparer le départ en mission. Peut-être faudrait-il insister sur les conditions de communications téléphoniques ou internet qui ont pu gêner ou poser des problèmes à certains participants. Un document spécifique pourrait conseiller les bonnes manipulations à faire sur un mobile évitant des facturations surprises qui résultent de leur méconnaissance. Ajouter quelques recommandations sur les types de mobiles à emporter ainsi que sur les moyens de connections sur place. Informer les concernés qui bénéficient sur place des téléphones prêtés par EDA et préciser leurs conditions d’utilisation. Idem concernant les conditions d’utilisation des moyens internet sur place.

Logistique, hébergements, repas: aucune surprise, sinon agréable concernant les transferts par minibus et les véhicules sur place. Les hébergements sont corrects pour la destination. Satisfecit particulier pour Camp David à Bamako qui, tel un sas, permet d’entrer et de sortir du bain Africain de façon progressive et agréable. Ce site au bord du Niger est une belle trouvaille. Les repas servis, tant à l’hôpital de Kankan qu’à l’hôtel Baté sont locaux, relativement variés, sains et souvent très bons. La fourniture et l’approvisionnement en eau de boisson est abondante et suffisante. Les moments de convivialité avant, pendant et après les repas offrent une véritable valeur ajoutée à l’interaction des participants et contribuent fortement à la qualité de l’ambiance générale. Elle fut d’ailleurs harmonieuse durant toute cette mission, le groupe, quoique relativement important, étant composé pour la plupart de personnalités bienveillantes à l’humour tonique et bienfaisant. Certains “intoxiqués” ont cependant pu souffrir du relatif manque de connexion internet et du rappel permanent aux coûts (cependant peu élevés…). Ce frein pourrait être levé en instaurant une participation “cagnotte” plus conséquente. Le montant de 15 € pour 15 jours est en effet très faible et pourrait être augmenté permettant aussi d’envisager des améliorations d’ordinaire ou autres petits plus qui seraient perçus comme tels.

Accueil des nouveaux missionnaires: le nécessaire est fait pour faciliter l’intégration dans le groupe : brief d’arrivée au bord du fleuve, débrief du 3ème jour et d’avant départ. Veiller toutefois à ne pas impliquer trop brutalement un nouvel(elle) arrivant sans un accompagnement des premiers jours. Pourquoi ne pas leur adjoindre un tuteur ou un référent(e), le travail en binôme paraissant parfaitement adapté à nos missions. Personnellement, j’ai pu bénéficier de la compagnie quasi permanente de Jean Marc qui a facilité mon immersion et mon action. Peut-être aussi faudrait-il formaliser plus précisément en amont les objectifs, les tâches à accomplir et leurs contenus, les contraintes et les risques émotionnels inhérents à la mission .

 

La bibliothèque de l’hôpital de Kankan: c’est « la salle de garde », le camp de base de la mission, véritable carrefour interactif ou s’échangent à la fois, des informations de tous ordres et des croisements d’expériences. C’est successivement un lieu de travail et de détente, la cantine et le parloir, le baromètre des humeurs et une oasis génératrice de lien, d’appartenance et de soutien.

 

Le Chef de mission: (qui se reconnaîtra), à parfois la communication un peu abrupte mais toujours respectueuse, il se montre bienveillant (dans le sens vigie attentive) avec chacun. Acteur rompu à la “comédie humaine”, il fait en sorte de tout savoir et rien n’échappe à sa vigilance...

 

Sur les tâches effectuées

 

Formation des synthésards: j’ai pu assister de façon improvisée à deux cessions de formations, non prévues en amont (dixit un des acteurs) et destinées à des étudiants en médecine. L’expérience indiscutable des intervenants en a garanti la qualité. Dans des styles pédagogiques différents, l’un plus professoral et l’autre plus humaniste, les deux sessions ont été préparées avant leur mise en œuvre sur la base de cas concrets et pragmatiques que les participants devaient résoudre selon la méthode du questionnement. Malgré des auditoires importants, cette méthode interactive a permis de capter l’attention des apprenants et de les mettre en situation de diagnostic, chacun étant invité à participer. Dans leur grande majorité, ils se sont montrés intéressés. Il me semble utile et constructif de poursuivre et promouvoir ce type d’interventions dans le cadre de la mission d’accompagnement qui anime EDA. Veiller cependant à une bonne adéquation entre la matière proposée et la filière santé des apprenants (certains publics étant très diversifiés) et à informer les intervenants en amont de la mission pour leur permettre de mieux préparer leurs interventions.

 

Formation des stagiaires professionnels de santé : j’ai été sollicité inopinément par Mr Sidibé pour assister à une session d’accueil /formation des stagiaires (essaimés ensuite dans l’hôpital pour une durée d’un mois). Son souhait étant d’améliorer ses pratiques de formation sur la forme, le fond traitant des soins standards, puis de mieux rendre compte à son autorité. Malheureusement déjà engagé par un rendez-vous avec un lycée je n’ai pu assister à sa prestation. En revanche, au retour, j’ai pu aider son équipe durant une demi-heure à formaliser le compte rendu (objectifs pédagogiques /résultats obtenus). Apparemment satisfait, il réitère sa demande de soutien pour une prochaine session. A prévoir car l’éducation des stagiaires hospitaliers s’inscrit certainement dans l’accompagnement souhaité par EDA .

 

Partenariat IPSED: s’agissant d’improviser la formation de 8 responsables pédagogiques à...la pédagogie, les informations très parcellaires que j’avais obtenues en amont concernant ce dossier m’ont convaincu que nous risquions de mettre « la charrue avant les bœufs ». Le premier rendez-vous que nous organisons sur site avec François alimente mes doutes. Les 8 élus semblent découvrir le projet en direct et apparaissent de formation et d’horizons très différents. J’ai donc proposé au Dr Sanoh d’initier notre collaboration dans la cohérence et de : 1) les informer de l’existence du programme en cours de réalisation par Chantal Kolher.

2) nommer 1 responsable en face de chacun des 8 modules. 3) pouvoir les évaluer en assistant à deux cours donnés en situation réelle puis de réaliser avec chacun une fiche de renseignement/compétences/besoins. François me demande par ailleurs de récupérer la convention de collaboration signée avant de commencer quoique ce soit. Rendez-vous est pris pour le lundi suivant et la convention est signée dans les conditions que vous connaissez. J'ai pu assister à 2 cours "malheureusement" visant à reproduire des gestes techniques: 1 cours de découverte de l'informatique et 1 cours de secourisme, dont la pédagogie était, à mon sens, correctement maîtrisée: Expliquer => Faire => Faire Faire => Corriger. J'aurai préféré assister à des cours théoriques magistraux pour mieux orienter notre action, peut-être Chantal devra t-elle le faire lors de sa prochaine mission. Le Dr Sanoh m'a rapporté les éléments demandés le vendredi après-midi veille de notre départ: - les noms des 8 responsables pédagogiques et leur répartition par module - une fiche avec leurs coordonnées téléphoniques en Guinée - leurs fiches de renseignement/évaluation (y compris la sienne). Je ne regrette donc pas d'avoir pris du recul, car elles confirment un niveau de formation, de compétences et de besoins très hétérogènes. Par exemple seulement 2/8 seulement connaissent Power Point et 2/8 n'ont jamais touché un PC, ce qui me paraît très compliqué pour aborder la pédagogie numérique par exemple, sauf à les faire former dès maintenant en interne par Sanoh (ils ont un formateur informatique que nous connaissons qui travaille pour le centre). Ces quelques éléments permettront, je l’espère, à Chantal de mieux préparer sa prochaine mission et d'avancer sur le soutien pédagogique à apporter afin qu’ils soient opérationnels pour la rentrée 2019.

 

Formation des enseignants UJNK: Jean Marc étant venu les former à l’utilisation de l’outil Power Point, Kabine DIANE nous précise ses attentes : il souhaite que les professeurs soient formés à la pédagogie numérique avec l’outil Ispring (logiciel de rapid learning incrémentable dans PPT que nous ne possédons pas) afin qu’ils puissent déposer leurs cours sur une plateforme de type Moodle (au fait est-ce bien le ​​ projet d’origine?). Un groupe de 18 professeurs nous est imposé (sur quels critères?) et roule ma poule…

C’est la tâche qui nous a le plus mobilisé car il faut improviser un reformatage total du cours afin qu’il colle à la demande tout en y ajoutant notre propre objectif intermédiaire : permettre aux professeurs de créer leurs cours sur PPT afin de les restituer éventuellement en salle avec un vidéo projecteur, avant d’atteindre l‘hypothétique finalité : enregistrer le cours en version diaporama animé et commenté pour pouvoir le déposer... un jour...quelque part… Pour ce faire, nous avons travaillé au jour le jour afin de proposer 9 sessions volontairement simples et sobres à 2 groupes composés après une évaluation improvisée et dont les niveaux hétérogènes ne nous ont pas facilité la tâche (certains ne sachant pas se servir d’une souris et d’un clavier). La bonne maîtrise de Jean Marc en matière PPT nous à toutefois permis d’atteindre un résultat honorable et visiblement apprécié par les bénéficiaires, mais que vont-ils en faire factuellement ? Constats : à l’UJNK, l’énergie électrique ne fonctionne que de 10h00 à 14h00, il n’y a pas de connexion internet, le niveau de compétences pédago-numérique des professeurs est totalement disparate et nombre d’entre eux ne possèdent même pas de PC. Question : Y’a t-il un magicien dans la salle ?

 

Bilan des Centres informatiques dans les lycées: je ne reviendrai pas sur nos comptes rendus qui se veulent factuels mais font l’impasse sur les heures de palabres interminables vécues dans des salles surchauffées l’après midi avec des « responsables » qui nous assurent qu’ils mettront tout en œuvre pour que les centres fonctionnent. Ma question à moi, c’est quand ? Moi qui n’ait pas participé à cette belle aventure, tout cela me procure un insidieux sentiment d’échec rampant quand on rapproche le très faible nombre d’inscrits au nombre total d’élèves potentiels à former (c’est bien cela un résultat mesurable ?). Les attentes, et les contraintes ont-elles été correctement évaluées en amont, les moyens matériels, techniques et humains déployés correspondent -ils à des réponses réellement adaptées ? Une nouvelle chance pour sortir de cette spirale semble être le partenariat avec ASD qui à parfaitement analysé la situation et à la volonté de trouver des solutions locales impliquant tous les maillons de la chaîne de décision. J’ai envie de les croire, aidons les à nous aider de toute façon ça ne peut pas être pire... Mais leurs pistes de solution, c’est pour faire partager les objectifs et les responsabilités, augmenter la fréquentation et trouver un « seuil de rentabilité » viable à nos salles. De notre coté nous n’échapperons pas à un débat sur les réponses techniques : quels hardware/software, quelle source d’énergie, quel recrutement (formateurs et maintenance), quelle formation pour les formateurs, etc ..?

 

Conclusions : ce qui à fait la richesse de cette mission, c’est d’avoir eu la grande chance d’approcher et/ou de participer à de très nombreux dossiers ou actions différents. Le temps à même fait défaut pour pouvoir en approcher d’autres. C’est ce que j’étais venu chercher et sous cet angle l’objectif est atteint. Toutefois j’éprouve aussi l’étrange sentiment d’avoir beaucoup plus reçu que fourni, ce qui est certainement normal pour une première. Ma vision générale des actions de terrain est aussi très nuancée, par exemple concernant le Pôle santé, ne les ayant pas accompagné, seul François est à même d’évaluer si les actes sont en adéquation avec les objectifs d’EDA : la mission de chacun est-elle correctement formalisée, l’ont-ils suffisamment préparée, accompagnent t-ils et soutiennent t-ils leurs homologues ou font-ils à la place de ?.. Concernant les dossiers éducation, si l’on oppose la somme des énergies et des moyens déployés aux résultats obtenus : la question de l’efficacité se pose. Existe-il des données ? De réelles réflexions doivent être mises en œuvre telles que celles entamées pour les centres informatiques dans les lycées. Ce qui me préoccupe quand même, c’est le manque global d’approche préparatoire indispensable à la réussite d’une action : quels objectifs pour quels résultats, évaluation des besoins et des attentes, connaissance réelle des pratiques et des comportements, « rentabilité » des investissements, les objectifs poursuivis sont-ils SMAC (spécifiques, mesurables, accessibles et compatibles) ? Autre ressenti, la part de l’improvisation versus la préparation. Oui il faut rester souple et adaptable, oui on m’explique et je constate les difficultés culturelles et contextuelles du pays. Mais justement, face à une situation chaotique, la préparation doit primer sur l’improvisation (principe du jazz ). Toujours dans cet axe, doit-on critiquer et subir « l’inorganisation » ou les

« demandes discutables » de nos « partenaires » ? ou n’est ce pas le reflet de notre propre impréparation et inorganisation ? Exemples : demander à assister à des cours pour évaluer des compétences et des pratiques oui c’est possible et ça se prépare. Influer sur le choix des apprenants (pour ne pas les subir) en instaurant des évaluations préalables, oui c’est possible et ça se prépare. Assurer le suivi d’un projet en veillant à la cohérence des besoins, des moyens, des intervenants, ​​ des ​​ actions ​​ menées ​​ et ​​ des ​​ résultats ​​ obtenus, oui, c’est possible et ça se prépare.

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