Compte rendu de mission – Novembre 2018 – Lutte contre la mortalité maternelle – SAG Kintinian

PROGRAMME DE LUTTE CONTRE LA MORTALITÉ MATERNELLE ET NÉONATALE

Du 3 au 17 novembre 2018

SAG/KINTINIAN

Référent :

Lena Michel, Sage-femme, 2ème mission

1. Objectif

Contribuer à renforcer les capacités de lutte contre la mortalité maternelle et néonatale (PLCMMNN) avec échange de connaissances en obstétrique et réanimation néonatale dans le district de Kintinian : à l’hôpital de la SAG (mine d’or) et au centre de santé de Kintinian

2. Objectifs spécifiques

  • Mission exploratoire à la maternité de l’hôpital de la SAG, travail de pair à pair et formations des SF/ATS selon un programme établi en amont avec le personnel de la maternité : SONU (accueil du nouveau-né, hémorragie de la délivrance et partogramme), suture périnéales, rappels sur la CPN (consultation pré-natale), PEC des pathologies de la grossesse (MAP, HTA, DIABETE), utilisation du cardiotocographe

  • Mission exploratoire au CS de Kintinian, travail de pair à pair et formations SONU : accueil du nouveau-né, hémorragie de la délivrance et partogramme

  • S’informer sur la politique de planification familiale à l’hôpital de la SAG et au CS de Kintinian

3. Déroulement de la mission

HOPITAL DE LA SAG

Directeur Frederick Maghoma absent (en congés)

Accueil chaleureux par le Dr Balde qui seconde le Dr Maghoma , l’infirmier major Mamadhi Condé qui nous a fait visiter l’hôpital, et le reste de l’équipe

En particulier à la maternité, accueil très chaleureux par le Dr Aly Traoré, médecin généraliste « référent » à la maternité car a passé ses DIU d’écho et de gynéco à Nîmeset les 4 SF/ATS : Fatoumata, Gnama, Saran et Fanta

En arrivant, après avoir eu une présentation de la mine (« visitor’s induction » en anglais s’il vous plait !) nous avons eu droit à une visite complète de l’hôpital (ou induction interne comme on dit là-bas). L’hôpital soigne gratuitement les 3620 employés de la mine et leurs familles (jusqu’à 8 personnes en plus du travailleur : 2 femmes et 6 enfants jusqu’à leurs 18 ans ou leurs 21 ans s’ils font des études…prise en charge des consultations + médicaments). Les soins sont payants pour le reste de la population hormis les urgences vitales (y compris accouchements) qui restent gratuits pour tout le monde (le patient est transféré sur Siguiri dès lors qu’il est stable s’il ne peut pas payer pour rester). L’hôpital compte 140 employés et comprend : un service de médecine du travail, les urgences, la maternité, un secteur consultation pour la médecine et la pédiatrie, une salle de physiothérapie, un cabinet dentaire, un secteur hospitalisation, un laboratoire, une salle de radiologie, une salle d’échographie, une pharmacie (+ stérilisation, buanderie, cuisine). Il n’y a pas de service de chirurgie.

Les locaux sont propres, vastes, fonctionnels et climatisés sans aucune coupure d’eau ou d’électricité. L’hygiène est remarquable, le lavage des mains systématique (diminution de 65% des maladies parasitaires depuis sa mise en place au moment du virus Ebola selon leurs chiffres). Les prélèvements sont faits dans des conditions d’asepsie rigoureuse. L’organisation est excellente avec un circuit pour le malade très fonctionnel (le bureau des entrées adresse le patient en salle de paramètres où une infirmière prend les constantes (poids, TA, température) et « tri » les patients : les orientent en fonction du degré d’urgence et du motif de consultation ; le tout étant transmis directement par informatique au médecin. Le secteur d’hospitalisation dispose de sonnettes d’urgence pour les patients mais également d’un bouton d’urgence pour les soignants (équivalent d’un bouton code rouge) afin pour demander de l’aide au personnel des urgences et vice versa : ce bouton est aussi présent aux urgences et en salle d’accouchement. Les patients hospitalisés ont leur repas et leur draps fournis et changés régulièrement. Les radios et les examens de laboratoire (très complets !) des patients sont consultables directement depuis l’ordinateur du médecin.

Bref, une bonne surprise !

Planning des activités :

  • 8h-13h/14H (la première semaine et le dernier jour): observation et travail de pair à pair en CPN (en binôme) : partage des connaissances ++ et courts entretiens informels

  • 15h-17h (pdt les 2 semaines) : Formations en présence du Dr Aly (Programme des formations discuté avant le départ et reprécisé à l’arrivée le premier jour avec le Dr Aly et l’ATS de garde)

  • Observation et partage au cours d’un accouchement dans le week-end

Interlocuteurs :

  • 1 SF, 3 ATS, 1 matrone et le Dr Aly

CS DE KINTINIAN

Kintinian est la sous-préfecture d’un district comprenant 160000 habitants en 2017. La mine d’or de la S.A.G. bordure la ville avec une grosse activité d’orpaillage quasiment dans le périmètre de la ville. Le maire (Mr Balik Camara) nous a adressé une demande de partenariat (sur le plan médical) pendant la mission après avoir rencontré l’équipe du pôle éducation. Robert Devaux (pédiatre) et moi-même avons donc eu un RDV à la mairie auquel nous nous sommes rendus accompagnés de Mohamed Kouyaté, salarié de l’ONG locale ESD (personne ressource de l’équipe du pôle éducation). Notre interlocuteur a été le 3ème vice maire (Mr Ousmane Camara). Il nous a dit qu’il avait entendu parler des actions de notre association en Guinée et qu’il souhaitait nous solliciter sur le plan médical car cette région est exposée à des difficultés majeures en matière de santé notamment du fait d’importants mouvements de population liés à l’activité d’orpaillage : les épidémies (ex polio) qui obligent à revacciner toute la population, la malnutrition, le SIDA. Cette région manque aussi cruellement de structures de santé (1 seul CS, 23 postes de santé=sans médecin pour 160000hts). Il nous a remercié par avance de ce qu’on pourrait faire pour leur venir en aide.

Nous nous sommes donc rendus, toujours en présence de Mohamed au CS pour discuter des attentes et des besoins du personnel soignants vis-à-vis de l’association.

Chef de centre en formation sur Kankan (Alama Konaté=médecin titulaire email : Rq : pour organiser la prochaine mission, en cas de non réponse du centre, contacter Mohamed Kouyaté

Accueil très chaleureux par Djene Kouyaté (2eme médecin titulaire, adjoint du chef de centre) et les médecins stagiaires (au nombre de 3), l’équipe maternité (SF/ATS), en particulier Bintou Camara la sage-femme maîtresse, ainsi que tout le reste du personnel

Leur demande est surtout une aide matérielle et une demande de formation (cf feuille de demande sur le CR de Robert). Le standing n’est pas celui de l’hôpital de la SAG : les locaux sont vétustes et non entretenus, l’hygiène douteuse et le matériel manque mais l’accueil est aussi chaleureux ! La fréquentation est importante, surtout le matin, et surtout le vendredi (jour de repos des orpailleurs et jour de marché à Kintinian). Le CS comprend un point de vente de médicaments/solutés, un laboratoire, un centre de vaccination (PEV), 2 bureaux de CPN, 1 salle d’accouchement/post partum, 1 bureau de CPC (cs tout venant), des salles de soins (hommes, femmes), salles de pansements, 1 salle d’échographie. Les consultations sont gratuites, ainsi que les accouchements (en théorie car en pratique les stagiaires m’ont dit qu’elles gagnaient leur vie pdt les gardes lorsqu’elle faisait des accouchements). Les médicaments et les échographies sont payantes.

Planning des activités :

  • 1 matinée de présentation du centre + observation et partage au cours des CPN avec les SF/ATS

  • 3 matinées de formation (9h-13h, 2 sessions d’1h30 sur le même thème pour que tout le monde puisse en profiter sans interrompre le bon déroulement des CPN)

  • Echanges et courts entretiens informels au cours de ces matinées pendant ou en dehors des temps de formation

Interlocuteurs :

SF/ATS, SF maîtresse, médecin titulaire (Djene)

4. Moyens

4.1 Humains

MATERNITE DE LA SAG

  • 2 SF titulaires Fanta et Awa (SF maîtresse, qui était en congé pendant ma mission)

  • 3 ATS : 2 titulaires (Saran et Fatoumata) et 1 contractuelle (Gnama, qui remplace Awa et travaille parallèlement à la maternité de l’hôpital de Siguiri sur ses repos)

  • 1 matrone (Denise) qui est présente tous les matins 7h-15h et nettoie tous les locaux de la maternité. Elle assiste la SF en cas d’accouchement si besoin

Planning : il y a 3 « postes » par jour : 1SF fait le poste 1=7h-15h, 1 autre le poste 2=15h-23h, 1 le poste 3=23h-7h. Leur roulement est en gros « poste1 poste 1, poste 2 poste 2, poste 3, poste 3, 2 jours de repos.

Exceptionnellement pendant les 15 jours de mission le poste 3 a été supprimé et assuré par l’équipe des urgences (l’activité obstétricale est minime la nuit) afin que toutes les SF/ATS puisse bénéficier des formations

CS DE KINTINIAN

Côté maternité

  • 2 bureaux de CPN

  • 3 SF titulaires, 5 SF stagiaires

  • 2 ATS titulaires, et une dizaine d’ATS stagiaires

  • Pas de personnel attitré spécifiquement à la salle d’accouchement (qui est dans la continuité du 1er bureau de CPN), la personne qui accueille la dame en travail s’en occupe et se détache des CPN.

  • Activité de consultation de 7h30 à 16h, tout le personnel est présent (sauf ceux qui sortent de garde) puis à partir de 16h l’équipe de garde prend le relai jusqu’au lendemain matin pour gérer les urgences : 1 médecin/1 SF/1 infirmier/1 à 2 ATS/1 laborantin

Pour le reste du centre

  • 5 infirmiers (3 stagiaires, 2 titulaires dont 1 formé en échographie par le Dr Aly de la SAG) et entre 15 et 20 ATS (dont 6 titulaires) répartis entre le PEV, la « pharmacie », la CPC, et le secteur soins/pansements et hospitalisation

  • 1 technicien de laboratoire, 11 employés

  • Les 5 médecins (dont 2 titulaires : cf plus haut)

4.2 Matériels

MATERNITE DE LA SAG

  • Maternité extrêmement bien équipée comme le reste de l’hôpital

  • Électricité 24 /24, eau courante

  • 1 salle de CPN, 1 salle d’accouchement, 1 salle de post partum

  • Pour la prise de paramètres généraux et obstétricaux : balance, tensiomètre électronique, thermomètre frontal, mètre ruban, sonicaïd,

  • Appareil d’échographie récent relié à l’imprimante, couveuses, appareil de photothérapie

  • En salle d’accouchement : 2 cardiotocographes (dont 1 qui ne marchait pas), kits d’accouchements et de suture avec des champs et instruments stérilisés dans les autoclaves de l’hôpital, table chauffante (qui ne chauffe plus mais la température ambiante est parfaite pour les nouveaux nés), matériel d’aspiration (sonde, seringues, aspirateur portable), ambus et masques de tailles différentes, oxygène mural, saturomètre (mais bracelets autocollants ne collent plus), balance

  • Oxygène mural

  • Matériel de prélèvement/perfusion et pharmacie d’urgence en salle d’accouchement

Spécifique pour les formations

  • Mannequin nouveau-né que l’on peut aspirer et masser

  • Mannequin « bassin maternel », placenta fait maison sur place avec de la récup’

CS DE KINTINIAN

De façon générale

  • Eau courante, électricité discontinue (6h par jour) : les panneaux solaires censés prendre le relai sont mal entretenus (les SF font les accouchements avec la torche la nuit…)

  • Pas d’incinérateur, pas de containers à aiguilles, déchets enterrés après avoir été brûlés dans une fosse dans la cour du CS (l’hôpital de la SAG aurait proposé d’incinérer leurs déchets mais ils ne viennent pas les chercher au CS, c’est au CS de les amener et cela semble compliqué…)

  • Lits d’hospitalisation et tables de soins sales et très endommagés, pieds à perfusion rafistolés…

  • Une salle d’écho avec un appareil plutôt en bon état

Côté maternité

  • 2 bureaux de CPN

  • 1 salle d’accouchement en continuité avec 1 salle de post partum (3 tables d’accouchement en tout, endommagées)

  • Tensiomètres manuels souvent cassés, pas de thermomètre

  • Certaines SF viennent avec leur propre tensiomètre électronique

  • Mètre ruban, stéthoscope de pinard

  • En salle d’accouchement : table d’accueil nné rudimentaire et peu entretenue, balance nouveaux nés (les patientes elles, sont pesées à l’accueil du CS avant d’être redirigées à la CPN)

  • Poires d’aspiration (chaque SF a la sienne), 1 ambu très mal entretenu poussiéreux++,

  • Chaque SF a également ses propres instruments pour les accouchements

Spécifique pour les formations

  • Grand Partogramme sous forme de tableau weleda (pratique pour faire les explications/corrections devant le groupe)

  • Les 2 mannequins de la SAG ont été utilisés pour les formations au CS ainsi qu’une sonde d’aspiration et une seringue que j’ai laissées au CS

PERSONNELS (pour les formations)

  • Diaporamas envoyés au Dr Aly et supports papiers laissés au CS de Kintinian

  • Vidéos sur les différents thèmes de formation

  • Photocopies pour l’atelier partogramme, crayons papiers et gomme

  • 2 pagnes pour la formation accueil du nouveau-né en salle de naissance

  • Des carrés de mousse, des fils et des instruments de suture laissés au CS de Kintinian en fin de mission

5. Résultats

5.1 Formations

  • 8 sessions à la maternité de la SAG

  • 3 sessions au CS de Kintinian

Contenu de la formation

SAG : Accueil du nouveau-né en salle de naissance, hémorragie de la délivrance, surveillance du travail et remplissage du partogramme (2 après midi), rappels sur la CPN, prise en charge des pathologies de la grossesse MAP/HTA/DIABETE, atelier de sutures périnéales, utilisation du cardiotocographe : principes et intérêts

CS Kintinian : accueil du nouveau-né en salle de naissance, hémorragie de la délivrance, surveillance du travail et remplissage du partogramme

Nbre de participants

SAG : 5 participants à chaque fois : 1SF et 3ATS de la maternité ainsi que le Dr Aly Traoré, médecin

CS Kintinian : accueil nouveau-né=10 participants dont 3 SF et 7 ATS ; HDD=12 participants dont 6 SF, 5 ATS et 1 médecin ; Partogramme= 8 participants dont 4 SF, 3 ATS et 1 médecin

Evaluation

Questions réponses en début pour poser les bases théoriques

Cas cliniques +/- mises en situations

Post formation : lecture du diaporama en guise de synthèse, questions réponses et élaboration de diagrammes décisionnels en équipe quand cela est adapté au thème de formation

5.2 Activités en CPN/salle d’accouchement à la SAG

Les CPN ont lieu le matin de 8h à 13h/14h par la SF ou l’ATS qui est de poste 1. J’ai principalement travaillé en binôme avec Fanta Keita Diaty (SF) et Fatoumata Magassouba (ATS). Le nombre de patientes consultées variait entre 5 et 15 selon les jours (avec une moyenne de 120 CPN par mois). Les SF/ATS gèrent seules les consultations de suivi physiologique de la grossesse et réfèrent les patientes en consultation avec le médecin en cas de dépistage de pathologies ou en cas de « plaintes » (les plus fréquentes : « leucorrhées fétides, épigastralgies, céphalées, douleurs lombo-sciatiques … »). En cas de doute sur la vitalité foetale (difficulté à trouver le coeur foetal avec le sonicaïd par ex), j’ai soumis l’idée de profiter de l’appareil d’échographie tout proche et souvent disponible pour compléter l’examen plutôt que de référer la patiente au médecin directement (d’autant plus qu’après avoir bénéficié de la formation de Fabienne l’année dernière, elle ont un très bon niveau !), et à plusieurs reprises nous avons réalisé (enfin surtout elles) des échographies de vitalité (fréquence cardiaque, quantité de LA, placenta, +/- biométries). Le travail en binôme a permis un réel partage de connaissances et m’a aidé à bien comprendre les subtilités du suivi de la grossesse en Guinée (ex : quels examens biologiques et leur fréquence, sur quels critères, traitement antipaludéen…etc)

L’activité en salle d’accouchement est très faible avec entre 3 et 10 accouchements par mois. Cela m’a étonné quand je faisais le parallèle avec le nombre de CPN. J’ai vraiment eu l’impression de voir beaucoup de femmes au 9eme mois en consultations. A priori beaucoup d’entre elles viennent jusqu’à la SAG (en bus souvent) pour leur suivi mais habitent soit à Siguiri soit à Kintinian (ou alentours) et lorsqu’elles sont en travail, vont accoucher au plus près (plus pratique dans l’urgence et plus près de leur familles…). Certaines SF/ATS de la SAG qui vivent à Kintinian ou Siguiri m’ont dit aussi qu’elles pratiquaient régulièrement des accouchements chez elles… Bref, il n’y a eu qu’un accouchement pendant mon séjour, le samedi matin. J’avais laissé mon numéro de téléphone aux urgences en début de séjour et ils m’ont appelée. Fatoumata était avec moi et nous nous sommes occupées de la patiente ensemble. Cela a été une belle occasion de mettre en pratique ce qui avait été vu dans la semaine (accueil du nouveau-né, fonctionnement de l’aspiration, fonctionnement du monitoring, remplissage du partogramme, délivrance, surveillance du post partum…) et d’échanger sur nos pratiques ! Je regrette qu’il n’y en ait pas eu d’autres !

Pour ce qui est des références, étant donné qu’il n’y a plus de bloc opératoire à l’hôpital de la SAG (depuis qu’il a brûlé) les patientes sont référées à Siguiri en cas de nécessité de césarienne en urgence avant ou pendant le travail. Pour autant, en cas d’utérus cicatriciels, siège, géméllaires, « tant que tout se passe bien, elles peuvent accoucher à la SAG » (le délai de transport est de 30min environ avec l’ambulance de la SAG). Si l’urgence est relative, pour les pathologies de la grossesse, dès que cela est possible, la maternité de la SAG réfère ses patientes sur Bamako dans une clinique partenaire (par voie terrestre ou aérienne). Je n’ai pas vu de référence pour 2018 dans le registre d’accouchements et il n’y a a priori pas de registre spécifique pour ça. En revanche, il y a des feuilles de référence à remplir destinées au personnel de l’établissement qui recevra la patiente (cf annexe1) et les SF m’ont assuré que c’était rempli à chaque fois. Les médecins prennent ensuite régulièrement des nouvelles des patientes référées et elles reviennent parfois à la SAG après leur séjour où leur intervention si cela est possible.

Pour ce qui est de la planification familiale, je n’ai pas réussi à avoir beaucoup d’informations, le sujet a été abordé mais pas approfondi car je n’obtenais systématiquement que des réponses évasives. Elles m’ont initialement dit que ces consultations avaient lieu dans le même bureau que les CPN, assurées par les SF/ATS formées mais quand au bout d’une semaine je n’avais jamais assisté à aucune de ces consultations elles ont fini par me dire que maintenant ce n’était plus comme ça, que c’était les médecins qui s’en occupaient… (je ne suis pas vraiment convaincue, il faudra refaire le point à l’avenir). Les moyens les plus utilisés d’après ce qu’elles m’ont dit sont l’implant, les injections de depo provera et la pilule, ils sont gratuits et distribués sans autorisation du mari ou de la famille. En tout cas, les craintes restent importantes sur la contraception (chez les hommes du moins). J’ai pu le constater à l’occasion de plusieurs discussions avec des infirmiers des urgences (« Tu sais, la contraception nous on n’aime pas ça parce qu’on entend beaucoup dire qu’après la pilule les femmes elles n’arrivent plus à avoir d’enfants et qu’il y a des risques de cancers… »)

5.2 Activités en CPN/salle d’accouchement au CS de Kintinian

  • 2 bureaux de CPN, SF et ATS très nombreuses. Celles avec qui j’ai le plus échangé : Marliatou Diallo SF, Nansa Doumbouya SF, Marie Rose Loua SF, Tiranké Diakité SF, Hélène Tolno ATS

  • Il a été assez difficile d’obtenir des chiffres précis mais elles m’ont dit qu’elles pouvaient faire jusqu’à 300 1ères CPN par mois et en moyenne le nombre de patientes consultées est de 20-30/jour.

  • Suivi de grossesse physiologique et référence à la CPC en cas d’anomalies

Je n’ai passé qu’une vraie matinée à la CPN à Kintinian car les autres ont été consacrées à la formation. Ça a été l’occasion d’observer leur travail, d’échanger sur nos pratiques et sur les différences avec ce que j’avais pu observer à la SAG. Malgré tout, il a été plus difficile (qu’à la SAG) pour moi de tout suivre et de trouver ma place du fait du grand nombre de SF/ATS présentes, et parce qu’elles s’occupent de plusieurs patientes à la fois et n’ont pas forcément le temps de traduire leurs interrogatoires.

  • Activité en salle d’accouchement : en moyenne 80 accouchements/mois. La plupart se passent la nuit sur les gardes. Il n’y a eu aucun accouchement sur les 4 matinées où j’ai été présente. Malgré tout, les temps de formation ont permis d’échanger sur leurs pratiques et les difficultés rencontrées en salle de travail

La question des références a été posée en formation sur l’HDD et la surveillance du travail. Ni la SF maîtresse ni le médecin n’ont pu me donner le nombre de références. La personne qui s’occupe de la patiente informe le médecin de sa décision de référer la patiente et celui-ci appelle l’hôpital de Siguiri pour les prévenir de l’arrivée de la patiente et du motif de référence (35km, 45min à 1h de trajet selon véhicule). On ne m’a pas parlé de trace papier. Les motifs de référence les plus fréquents d’après les personnes présentes en formation sont les utérus cicatriciels, l’éclampsie, les métrorragies, le travail « dystocique ». Le principal problème rencontré, c’est l’absence d’ambulance pour transporter la patiente ! A moins que l’ambulance de Siguiri soit disponible (ce qui est rare : « quand on appelle Siguiri, l’ambulance est toujours déjà partie ailleurs chercher quelqu’un d’autre »), c’est à la famille de se débrouiller pour l’amener à l’hôpital. Et comme peu de gens sont véhiculés c’est compliqué. Le deuxième problème, ce sont les patientes qui REFUSENT de partir à Siguiri (quand il ne s’agit pas d’urgences vitales). En effet, elles ont peur de partir à l’hôpital, de devoir payer, d’avoir une césarienne, ou tout simplement elles disent qu’à Siguiri elles n’ont pas de famille pour les soutenir, leur amener à manger et pour venir les voir. « il faut les voir, elles s’allongent par terre et refusent de bouger, elles ne veulent pas partir»

Pour ce qui est de la planification familiale, je n’ai pas eu suffisamment de temps pour approfondir, elles m’ont juste dit que c’était gratuit, que les consultations de planning familial avaient lieu dans le bureau de CPN et qu’elles posaient essentiellement des implants (« pour que le mari ne sache pas ») ou donnaient la pilule. Je n’ai pas trouvé de chiffres ni de registre.

6. Points forts

MATERNITE DE LA SAG

  • Locaux propres, ménage fait chaque matin et après chaque accouchement

  • Tri des déchets respecté, utilisation des containers à aiguilles, rien ne traine

  • Matériel rangé, vérifié (cf annexe 2), entretenu et réparé quand c’est possible

  • Personnel en tenue propre et correcte : blouse, sabots, pas de bijoux

  • Hygiène des mains respectée, port de gants changés entre chaque patiente

  • CPN très bien menée, avec prise des constantes, de la HU, des BCF (au sonicaïd) et interrogatoire complet ou quasi complet (en tout cas en ma présence !)

  • Bonne prise en charge et surveillance de la seule dame en travail que j’ai vue (dans la technique et dans l’accompagnement : encouragements, massages)

  • SF et ATS très impliquées dans leur travail, ont conscience de leur mission de prévention et de dépistage

  • Professionnelles à l’écoute des patientes, compréhensives, respectueuses et soucieuses de bien faire pour la santé de la mère et du bébé

  • Equipe très volontaire en formation, désireuse de compléter ses connaissances

  • Traçabilité et transmissions orales et écrites précises et pertinentes

CS DE KINTINIAN

  • Equipe accueillante et très demandeuse de formations dans tous les domaines, désireuse de compléter ses connaissances et d’harmoniser les pratiques (certaines SF m’ont dit par exemple qu’elles étaient ravies d’avoir cette formation sur l’HDD car elles en avaient marre de voir d’autres professionnelles utiliser des traitements « anciens et inefficaces » en cas d’hémorragie conduisant à des catastrophes sans pouvoir réussir à les convaincre qu’elles avaient tort)

  • SF et ATS très impliquées dans leur travail, ont conscience de leur mission de prévention et de dépistage

  • Professionnelles à l’écoute des patientes, compréhensives, respectueuses et soucieuses de bien faire pour la santé de la mère et du bébé

  • Dans l’ensemble, les CPN semblent bien menées quand le matériel n’est pas cassé et l’activité raisonnable

  • Dossiers bien remplis

7. Points à améliorer

MATERNITE DE LA SAG

  • Vérifier systématiquement que le matériel dont on peut avoir besoin en urgence est prêt et fonctionnel (aspiration, ambu/masques, ocytocine)

  • Surveillance du post partum et du nouveau-né à ne pas négliger

  • Prendre des initiatives et saisir les opportunités pour continuer à se former en échographie (pour ne pas perdre ce qui est acquis) lorsque la CPN est calme

  • Se familiariser avec l’utilisation du cardiotocographe qd cela a un intérêt (surveillance discontinue)

CS DE KINTINIAN

  • Hygiène des locaux (poussière+++, animaux, déchets)

  • Tri des déchets, nettoyage des surfaces (beaucoup d’aiguilles et de seringues trainent)

  • Vérification et entretien du peu de matériel disponible (ex : ambu poussiéreux jamais vérifié à nettoyer et à ranger avec la sonde d’aspiration et la seringue dans un sac accessible rapidement si besoin)

  • Hygiène des mains à améliorer (il y a plusieurs bassines de solutions chlorées mais surtout à l’extérieur et pas bcp dans les salles de soins… elles semblent assez peu utilisées)

  • Manque de matériel : pas de thermomètre, tensiomètre cassé, incinérateur ?

  • Besoin de formations (ex : hygiène, consultation prénatale, suture et renouveler les formations déjà faites)

8. CONCLUSION

Cette mission au coeur de la sous-préfecture de Kintinian, région marquée par la présence de la mine d’or de la SAG, a été riche en découvertes. A la fois très encourageantes : les nombreux emplois créés et l’élévation du niveau de vie d’une grande partie de la population, le financement de projets communautaires divers comme ceux dans lesquels l’équipe du pôle éducation s’est investie, l’équipement et la propreté de l’hôpital de la SAG, le salaire des soignants et leur considération…(qui augmentent leur implication)…

Mais force a été de constater que cette région est aussi victime de son succès et de ses richesses, qui donnent lieu à de fortes inégalités, et qu’elle doit faire face par conséquent à des problèmes complexes qui touchent en particulier le domaine de la santé.

L’accueil que j’ai (que nous avons) reçu à l’hôpital de la SAG et la motivation du personnel nous donnent bien évidemment envie de revenir travailler avec eux d’autant plus qu’ils sont très demandeurs et que le besoin de formations est au moins autant nécessaire qu’au CS de Kintinian ou qu’à Kankan ou Siguiri (presque davantage même car du fait du peu d’activité, les situations d’urgence se font plus rares, et les réflexes se perdent). De plus, j’ai adoré travailler en binôme avec une seule SF sur le terrain. Cela favorise énormément les échanges, et permet d’établir rapidement une relation de confiance qui me semble indispensable au partage des connaissances.

Je reconnais toutefois que du fait du peu d’activité, de la possibilité de financement de formations par la SAG, de l’équipement des locaux, je ne suis pas sûre qu’il faille consacrer de trop nombreuses missions à cette maternité, déjà très « favorisée ». Mais les contractuelles qui travaillent à la maternité de la SAG travaillent aussi à Siguiri, et par ailleurs le personnel des centres de santé semble venir se former à la SAG ponctuellement (écho, 1er secours). Je suis donc aussi convaincue que notre intervention dans cet hôpital ne se limite pas à sa seule enceinte et est loin d’être inutile ou incohérente vis-à-vis des « missions » de l’association.

Au CS de Kintinian, tout le monde a fait preuve d’un grand intérêt pour les formations et l’ensemble du personnel est vraiment très motivé. Il paraît essentiel d’y retourner et de s’engager dans le partenariat pour lequel ils nous ont sollicités car ils ont de gros besoins en matériel et en formations, et leur activité est conséquente. A nous de trouver comment répartir subtilement à l’avenir notre présence entre la SAG et le CS de Kintinian. (Il faudra privilégier davantage le CS pour une prochaine mission selon moi).

Comme Josiane, dans le stress du départ j’étais sceptique, j’avais peur de ne pas me sentir à ma place, je n’étais plus très sûre du bien-fondé de cette mission et des missions en général, de la pertinence de ce que j’allais pouvoir réellement apporter. On oublie toutes ces interrogations quand on est accueillie aussi chaleureusement que ce que je l’ai été, que ce soit à la SAG ou au centre de santé de Kintinian. J’ai compris que notre présence respectueuse et bienveillante est déjà une preuve de soutien et en cela elle est forcément pertinente. Je crois qu’il faut savoir être humble, ne pas s’attendre à révolutionner quoi que ce soit, et chercher d’abord à établir un climat de confiance, propice au partage des connaissances. Et pour cela il est à mon sens indispensable d’être sur le terrain et de consacrer à chaque mission au moins autant de temps au compagnonnage qu’à la formation. Il semble évident que partir régulièrement (si possible au même endroit ducoup!) renforce cette relation de confiance, et est la clé de la réussite d’un partenariat, alors… à quand le prochain départ ?! 😊

Merci à Gnama, Fanta, Saran pour les moments partagés et en particulier à ma Fatoumata pour ses cours de malinké

Merci au Dr Aly pour nos échanges et sa disponibilité

Merci à toute l’équipe du CS de Kintinian pour leur accueil chaleureux et leur motivation en formation

Merci à mon équipe de choc, Guilhelm, Blanche, Martine, Robert et Lisa ma coloc de m’avoir supportée ! Et Longue vie à nos parties de time’s up endiablées !!

Merci à ma famille et à mon Basile de me laisser partir vivre ces jolis moments loin d’eux …

9. LEXIQUE

Désolée François, mais celui que tu nous as envoyé ne m’a pas été d’une grande aide, j’ai eu du mal à me faire comprendre avec…alors j’en ai fait un petit personalisé (désolée c’est écrit en phonétique) :

Issoma = Bonjour (pour une personne)

Ayissoma = Bonjour (pour plusieurs personnes)

Tanamassi = ça va ?

Tanacité = ça va et toi ?

Ala tele noya = bonne journée

I towo di = comment tu t’appelles ? Iké towo di = comment s’appelle ton mari ?

N’towé lé …= je m’appelle…

I sanguelié = quel âge as-tu ?

I bwoni min = où habites tu ?

I sonola aniou mala = as-tu bien dormi ?

Gnifé baqué = je t’aime beaucoup

A bara dya nié = ça me fait plaisir

N’ta mé na= je ne comprends pas

Outa foïdi = il n’y a pas de problème

Baka = bon appétit

Doni doni = un peu un peu/ doucement

Isigui = assieds toi

Ni la mé = je t’écoute

I kono i dimina = as-tu mal au ventre ?

I koun i dimina = as-tu mal à la tête ?

Sassa lila = tu as un rhume ?

Dé = bébé

Dé ala mala = est ce que ton bébé bouge bien ?

Guima bima = est ce que tu as perdu du liquide ?

Bassima bima = est ce que tu as perdu du sang ?

E conati dimina = as-tu des contractions ?

Mou i la = quelles sont tes plaintes ?

N’dise imafenena = est ce que je peux t’examiner ?

I tonton/apoussé = pousse !

Key = garçon

Moso = fille

Akeni = joli

Au revoir = ambé

A demain = ambé sini

Iniké ou ayiniké (pour plusieurs personnes) = merci ou félicitations

Laisser un commentaire