COMPTE RENDU – MISSION EXPLORATOIRE ACTIVITES AU BLOC CHIRURGICAL

COMPTE RENDU

MISSION EXPLORATOIRE

ACTIVITES AU BLOC CHIRURGICAL

HOPITAL PREFECTORAL DE SIGUIRI

18/01/2020 au 02/02/2020

Référent expert
Marion Regnier IBODE

 

Introduction

Depuis 2012 l’hôpital préfectoral de Siguiri est appuyé par des équipes EDA. Le projet hygiène a permis l’amélioration des conditions d’hygiène et EDA a participé à l’appui des différents secteurs de l’hôpital, notamment les soins infirmiers dans le service d’hospitalisation de chirurgie.

Cependant, des problèmes de gouvernance ont été un frein à ces appuis et les missions spécifiquement chirurgicale ont été stoppées depuis plusieurs années. Les progrès constatés depuis la mise en place de la nouvelle direction ont motivé la mise en place de cette mission.

 

Objectif de la mission

La mission en termes d’équipe chirurgicale été composée d’un médecin anesthésiste : Olivier de Cock, d’un chirurgien gynécologue et viscéral Francois Boudinet, et de moi-même IBODE. Cette mission était exploratoire visant à apprécier pour le service de maternité et de chirurgie :

  • L’état des locaux et le matériel présent notamment dans les blocs opératoires
  • Le personnel médical et paramédical présent en évaluant sa technicité, son activité, ses besoins, ses envies d’amélioration et les savoir faire
  • Le potentiel pour les actions EDA ultérieures

La mission devait également débuter les formations et la réorganisation éventuelle du bloc opératoire

 

Déroulement de la mission

Début de mission le lundi sur l’hôpital de Siguiri, avec un très bon accueil malgré l’absence sur toute la mission du Dr Diane, directeur de l’hôpital, en séjour Conakry. Après le staff du lundi matin, selon les habitudes de l’hôpital, rencontre de l’équipe chirurgicale avec les 2 chefs de service : Dr Tassy Berete (maternité) et Dr Jean Gbamou pour la chirurgie.

Visite des locaux de l’hôpital plus approfondie sur les services nous concernant. Avec point sur l’ensemble des équipes et sur les activités. Les jours suivants après le staff matinal, visite systématique en chirurgie avec l’ensemble de l’équipe (pansements, consignes de sortie, vérification de la prise de traitement). En fonction des programmations de bloc opératoire visite ponctuelle en service de maternité.

Les visites ont permis entre autre d’insister pour que certains pansements douloureux soient réalisés en salle de soins du service sous Kétamine.

En fin de séjour, un point a pu être réalisé avec les 2 chefs de service pour discuter de leurs souhaits en matériel et formations pour l’avenir.

 

Observations et constats initiaux :

 

Service de maternité

Etat du personnel médical : en médecin titulaire nous retrouvons le Dr BERETE, chef de service, le Dr KABA adjoint, Dr TELLY BALLY et le Dr DIAKA CONDE. 14 internes dont 6 opèrent les césariennes. L’anesthésie est réalisée par Madame Djetenin Condé, sage-femme (compétente pour les rachis anesthésie) et éventuellement 2 autres sages- femmes.

Indépendamment de l’activité obstétricale, au sein du bâtiment de la maternité, il existe une activité de chirurgie gynécologie programmée (mardi et jeudi matin).

 

Pour le service de chirurgie,

Etat du personnel médical : En médecin titulaire nous retrouvons le Dr GBAMOU, médecin titulaire chef de service, Dr Diakata TRAORE,  adjoint, Dr Jacques AYAMO, chirurgien togolais présent depuis moins d’un an. Dr DIANE, Dr Moussa KOUROUMA qui opère mais aide aussi à l’anesthésie, et le Dr Mamadou SAMOURA. L’anesthésie est réalisée par les paramédicaux du service, Doussou KIATA, ATS, Loua LEONCE IDE, Koodia KAITA ATS, Aïssata BARY ATS.

Le service de stérilisation est assuré par Mande GUELE et supervisé par Loua LEONCE. L’activité du bloc opératoire a été contrôlée sur le cahier de protocole du bloc opératoire. Nous avons pu relever entre 20 et 50 interventions par mois. Nous y retrouvons majoritairement des cures de hernies (inguinales et scrotales), des appendicectomies, mais également des chirurgies plus lourdes telles que des occlusions ou des cas de splénectomies.

 

Activités réalisées :

  • Participation aux staffs du matin quotidiens
  • Participation aux staffs spécifiques du service de chirurgie après la visite quotidienne
  • Réfection des pansements
  • Discussion autour de la prise en charge de la douleur
  • Activité de consultation et opératoire en chirurgie
  • Formations théoriques : bistouri électrique, maîtrise du risque infectieux au bloc opératoire, ouverture des DMS, compte des textiles et OPCT
  • Réunion avec les chefs de service

Lors de la mission, visite de l’infirmerie et du bloc opératoire du camp militaire situé à l’entrée de la ville de Siguiri.

 

Moyens matériels disponibles :

Bloc opératoire central : surveillant Mr KEÏRA souvent absent et peu réactif. Il est composé de 2 salles opératoires. Celle de droite est dévolue au service des urgences pour la traumatologie d’urgence, fermée à clés à notre arrivée et qui contient : 1 table d’opératoire, un scialytique sur pied, 1 évier pour le lavage des mains sans savon, 1 boîte de chirurgie incomplète dans le placard. La salle de gauche contient elle 1 extracteur d’oxygène, 1 respirateur non fonctionnel, 1 aspirateur fonctionnel (1 seul flacon en verre disponible sur

2) 1 scope et 1 saturomètre fonctionnel, 1 table d’opératoire qu’il faut monter et descendre,

2 appuis bras, 2 Goeppels permettant une position gynécologique, utilisées lors d’une chirurgie de prolapsus voie basse, 1 placard avec une réserve moindre en ligature et autres DM, 1 négatoscope non fonctionnel, et 1 climatisation.

Entre les 2 salles, un couloir qui donne accès à un lavabo pour le lavage des mains, et une douche où nous avons pu instaurer la douche préopératoire des patients opérés.

Avant la salle de bloc opératoire à gauche, un SAS patient appelé salle de réveil, où le patient est pesé avant le déshabillage et la douche.

 

La stérilisation est attenante au bloc opératoire avec une entrée indépendante. On y observe un double circuit (propre et sale) pour la circulation des instruments avec un système de passe instruments.

Nous avons pu relever : un poupinel non utilisable, deux autoclaves dont un fonctionnel.

 

Boîte de matériel restérilisable : quelques boîtes de chirurgie relativement en mauvais états (ciseaux non aiguisées qui ne coupent plus, des pinces à griffes qui ne serrent plus)

La mission a amené une boîte de laparotomie et une boîte d’app/hernie qui sont gardées dans un placard dans le bureau du chirurgien chef.

Le bloc opératoire de la maternité se situe en face de la salle d’accouchement et comprend : un extracteur d’oxygène, un scialytiques sur pied avec batterie non fonctionnel, un aspirateur fonctionnel, deux scopes et deux saturomètres, une table d’intervention sans manivelle qui peut monter et descendre, un respirateur testé par Olivier De Cock qui est fonctionnel et un autoclave à la stérilisation (salle attenante).

Concernant les boîtes d’instruments, nous avons pu compter trois boîtes de césariennes fournies en 2019 par le gouvernement ainsi que d’autres boîtes plus ou moins complètes (type curetage/IVG…)

La mission a amené une boîte d’hystérectomie permettant les chirurgies de voie basse ainsi qu’une boîte de curetage.

Toutes les boîtes d ‘instruments amenées par la mission ont été listé par François Boudinet et moi même. Ces listes ont été imprimées et remises au remplaçant du directeur.

 

Résultats observés

Ordre quantitatif :

En regard des formations :

Outre les séances de formations spécifiques réalisées par les Drs De Cock et Boudinet, j’ai personnellement réalisé deux séances de formation théorique :

  • une formation sur l’utilisation du bistouri électrique, conjointement avec le Dr Boudinet, les contraintes, les risques et les précautions à prendre lors de l’utilisation (pose de la plaque, risque de brûlure…). 16 personnes ont assisté à cette formation (liste de présence conservée par Marie Caron, chef de mission). Suite à cette formation et à la demande du personnel soignant, j’ai créé une notice explicative qui a été plastifiée et scotchée directement sur le bistouri électrique afin de faciliter l’utilisation.
  • une formation sur la maîtrise de l’hygiène au bloc opératoire visant à réduire le risque infectieux dans ce lieu à haut risque. Cette formation s’est déroulée en six phases (définitions ; environnement de la salle opératoire ; comportement du personnel soignant en salle opératoire ; risque infectieux lié à la chirurgie ;les conséquences d’une infection du site opératoire ; conclusion et discussion.
    14 personnes ont assisté à cette formation.

 

Interventions chirurgicales :

16 interventions réalisées dont trois de chirurgie gynécologique en collaboration avec le Dr Berete et le Dr Kaba, dont notamment un premier prolapsus par voie basse. Les 13 autres interventions concernait la chirurgie viscérale.

Lors de ces différentes chirurgies, j’ai axé mon travail sur la gestion et la formation sur le terrain du personnel soignant présent en salle opératoire. Cela a permis en tant qu’infirmière circulante de pouvoir sensibiliser le personnel sur la façon d’ouvrir les divers dispositifs médicaux (lames, compresses, ligatures) de manière aseptique en respectant les distantes de stérilité en regard de la table d’intervention.

 

Lors des deux semaines de mission, j’ai insisté sur l’importance de compter les textiles et les OPCT pour chaque intervention dès qu’il y a une incision. Avec l’accord du chef de chirurgie, le Dr Jean, j’ai mis en place un tableau , retranscrit pour chaque patient en temps réel, sur le cahier de protocole avec le nombre de textiles et d’OPCT donnés/sur table/récupérés dans les poubelles afin d’arriver à un total permettant d’affirmer qu’aucun de ces éléments n’ont été oublié dans le patient ou égaré.

Un tableau vierge plastifié a été collé sur un des murs de la salle de bloc opératoire au dessus du petit bureau où se trouve le cahier de protocole. Le fait de faire cette trame vierge en tableau permettait de guider le personnel soignant.

Le mercredi de la deuxième semaine, ce tableau était acquis par quelques membres de l’équipe chirurgicale et retranscris sur le cahier de protocole de manière systématique.

J’ai également sensibilisé le personnel pour un travail d’équipe entre côté anesthésie et chirurgie (notamment lors des anesthésies générales où les patients sous Kétamine et Valium peuvent régurgiter).

J’ai insisté sur l’importance d’un bio-nettoyage complet de la salle d’opération avant la première intervention de la journée puis un bio-nettoyage des surfaces (tables d’intervention et d’instrumentation principalement) entre chaque intervention.

La douche pré-opératoire réalisée en systématique au plus proche de l’intervention et du lieu de la chirurgie afin de diminuer le risque infectieux dans le sens où les patients ne remettent pas directement leurs pagnes ou leurs habits après une douche.

 

Ordre qualitatif :

Rapporté aux éléments de la TDR de la mission, celle ci paraît avoir tenu ses objectifs. Le point a été fait sur le matériel présent dans le bloc opératoire (en chirurgie et en gynécologie). Le travail réalisé avec les médecins de Siguiri a permis de mieux connaître les intervenants, leurs rôles et leurs implications dans l’organisation générale du bloc opératoire.

L’évaluation des souhaits et besoins des équipes locales a été fait.

 

Points forts :

  • Hygiène au bloc opératoire relativement satisfaisante mais à améliorer encore. Organiser une évaluation anesthésique pré opératoire, à inclure dans l’organisation de l’anesthésie en générale.
  • Continuer la formation que j’ai commencée sur la nécessité du compte des textiles et OPCT pour chaque intervention sur le cahier de protocole ou ailleurs en fonction de ce qui est le plus simple et le plus réalisable au quotidien afin de limiter voire diminuer le risque infectieux.
  • La prise en charge de la douleur : non réalisée ; pour quelles raisons ?
  • Personnel très volontaire sur l’ensemble des formations ce qui est très très appréciable.

 

Recommandations pour la suite des actions :

  • La mission a remis en fonctionnement et formé à l’utilisation du bistouri électrique. Pour assurer la pérennité de la formation, un apport de consommables serait nécessaire lors des prochaines missions à venir.
  • Un point sur l’hygiène au sein de l’hôpital et du bloc opératoire serait à approfondir davantage afin que certaines choses, comme le compte des compresses et OPCT, deviennent quelque chose de quasi systématique.
  • La douche pré opératoire également.
  • Reste à voir les soucis en anesthésies notamment en termes de médicaments/drogues qui pourraient être mis à disposition.
  • Les besoins exprimés par les chefs de services de maternité et de chirurgie sont les mêmes que ceux exprimés dans le rapport du Dr Boudinet (formation continue, matériels, consommables et restérilisables…)

 

Conclusion :

Mission très agréable et enrichissante dans le sens où tous sont volontaires concernant les apports théoriques et pratiques.

Après une interruption de plusieurs années des missions chirurgicales à Siguiri, il paraît prometteur d’envisager d’autres missions dans les mois à venir, notamment afin de renforcer les enseignements donnés lors de notre mission du fait que les équipes locales sont demandeuses et prêtes à s’investir.

 

Je tenais à remercier mon équipe de mission fabuleuse. Un chirurgien hors norme, un anesthesiste en chemise qu’importe la situation, une chef de mission en or qui m’a fait confiance et nous a fait sentir bien tout au long de la mission. Eulalie et Marie Josée pour leur bienveillance.

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