COMPTE RENDU – MISSION EXPLORATOIRE ANESTHESIE

COMPTE RENDU

MISSION EXPLORATOIRE

ANESTHESIE

HOPITAL PREFECTORAL DE SIGUIRI

DU 18 JANVIER AU 2 FEVRIER 2020

 

 

Référent expert:

Olivier DECOCK

Médecin anesthésiste

Introduction

Depuis 2012, l’Hôpital Préfectoral de Siguiri est appuyé par des équipes EDA. Le projet hygiène (Twinn 2H) a permis l’amélioration des conditions d’hygiène et EDA a participé à l’appui dans différents secteurs de l’hôpital, notamment les soins infirmiers dans le service d’hospitalisation en chirurgie. Par contre, des problèmes de gouvernance ont été un frein à ces appuis, et les missions spécifiquement chirurgicales et pour l’amélioration de l’anesthésie ont été stoppées depuis plusieurs années. Les progrès constatés depuis la mise en place de la nouvelle direction ont motivé la mise en place de cette mission.

Objectifs de la mission

Dresser un état des lieux de l’anesthésie en terme de ressources humaines et de matériels

Observations et constats initiaux

Aucune préparation à l’anesthésie, ni de suivi.

Il existe dans le bloc opératoire un cahier d’intervention avec les noms du malade, des intervenants chirurgicaux et anesthésiques ainsi que les médicaments utilisés. Mais il n’y a pas de recueil des paramètres d’anesthésie.

En cas de dépression respiratoire il n’y a pas de prise en charge possible (pas de connaissances, pas de matériel ni consommables), pas de matériel d’intubation.

Les drogues sont achetées par le patient sous forme d’un kit d’anesthésie. Ainsi, actuellement le patient arrive au bloc avec ses flacons de perfusion, des antibiotiques et ses antalgiques. La Kétamine est fournie par la pharmacie de l’hôpital.

 

 

Moyens matériels disponibles

Trois salles opératoires :

 

– Un bloc chirurgical

Moniteur avec TA automatique, ECG, saturomètre

Extracteur d’oxygène

Aspiration (en commun avec maternité)

Un ambu

Il manque tout le matériel de réanimation :

– pas de masque facial

– pas de canule de Guedel

– pas de sonde d’aspiration

– pas de laryngoscope

– pas de sonde d’intubation

 

Un moniteur ECG, TA, Sat O2 en panne totale

Un respirateur : asservi à une source d’oxygène sous pression, il est donc inutilisable sans oxygène sous pression. Donc à oublier du fait du coût et de la maintenance.

 

– Une salle d’urgence :

Aucun équipement

 

– une salle de césarienne à la maternité :

Moniteur ECG, TA, Sat O2 en parfait état de marche

Extracteur d’oxygène

Un respirateur utilisable sans gaz sous pression avec possibilité de brancher directement l’extracteur d’oxygène. Donc fonctionnel pour l’anesthésie générale.

Aspiration (en commun avec chirurgie)

Ambu et masque en commun avec salle d’accouchement

Il manque tout le matériel de réanimation :

– pas de canules de Guedel

– pas de sonde d’aspiration

– pas de laryngoscope

– pas de sonde d’intubation

 

Un moniteur ECG, TA, Sat O2 : semble fonctionner (déclenchement de la TA, bruit du rythme cardiaque de l’oxymètre) mais l’écran ne fonctionne pas.

 

Activités réalisées

Etat des lieux médical :

 

Toute la chirurgie est faite sous anesthésie à la Kétamine seule.

Seule une sage-femme de la maternité maîtrise la rachianesthésie pour les césariennes.

 

Personnel anesthésie : un infirmier et trois agents techniques de santé au bloc, trois sages-femmes dont une efficace.

 

Le niveau anesthésique est très limité : ces personnels ne semblent pas avoir beaucoup de connaissances théoriques.

 

RECOMMANDATIONS

 

  • La première question est la définition du but de l’intervention d’EDA. Selon le but recherché, la conduite de la mission sera très différente :
  • soit assurer des missions régulières et temporaires de chirurgie.
  • soit assurer une formation pour upgrader le niveau anesthésique.

1° éventualité :

Il est tout à fait possible de faire de la chirurgie lourde sous ventilation assistée avec une équipe EDA apportant ses drogues anesthésiques ainsi que tous les consommables (laryngoscope, sondes d’intubation …). Il semblerait que ce soit ce qui se passe avec des ONG américaines.

 

2° éventualité :

se fixer comme objectif de faire progresser la chirurgie. Actuellement les équipes sont au maximum de ce qu’il est possible de faire sous Kétamine. Pour que la chirurgie puisse progresser, il faut impérativement faire progresser l’anesthésie.

Il faut donc mettre en place un programme de formation en anesthésie en partant du constat de l’état actuel et en se donnant plusieurs années

 

 

Pistes de projets :

Deux personnes semblent être intéressées : Un médecin (Mouad) et un infirmier (Leonse)

 

Formation à l’anesthésie

Le programme de formation à l’anesthésie devra reprendre la formation à la base en tenant compte de la pauvreté des connaissances : au mieux un infirmier au pire un technicien de santé

Technique

– mise en condition de l’opéré : scope, saturation, TA (actuellement fait)

– prise en charge d’un accident d’anesthésie : dépression respiratoire (oxygénation, ventilation au masque) ; chute tensionnelle. CAT face à une hémorragie et un état de choc.

– indication, technique et surveillance de la Rachi.

– anesthésie générale avec assistance respiratoire (intubation, masque laryngé)

 

Donc aller de l’anesthésie sous Kétamine à l’anesthésie générale en passant par la rachianesthésie, en évitant de les entraîner dans des gestes non maîtrisés. Il vaut mieux une anesthésie basique à la Kétamine qu’une belle anesthésie générale mal faite et incontrôlée.

 

Médical

– un minimum de consultations préopératoires

– surveillance peropératoire

– feuille d’anesthésie

– surveillance postopératoire

– à distance salle de réveil et prise en charge de la douleur.

 

Actuellement, compte tenu de l’anesthésie à la Kétamine sur des interventions simples (hernies), il n’y a pas de salle de réveil. Il n’y donc pas de personnel dédié.

Le suivi est fait par le chirurgien puisqu’il est le seul médecin

 

Problème du consommable et de son coût

 

Les anesthésies générales et locorégionales nécessitent des consommables et ont donc un coût.

Mettre dans la liste du kit d’anesthésie tous les consommables envisageables me semble impossible du fait du coût et du gaspillage. Il serait peut-être plus logique d’avoir une réserve de matériel et de drogues par exemple sous la responsabilité du chef de bloc.

  • kit d’urgence : masque (trois tailles), canules de Guedel (trois tailles), sonde d’aspiration ; drogues d’urgence (Adrénaline, Ephédrine)
  • kit anesthésie : trois possibilités

– Kétamine (comme actuellement)

– rachi : aiguille à rachi 27 G ; Bupivacaïne 0,5 à rachi

– Anesthésie générale avec intubation (pour plus tard).

 

  • CONCLUSION

Il est possible d’envisager un enseignement pratique de base de l’anesthésie, en sachant que l’on part de presque rien, donc en s’inscrivant dans la durée. Tout en évitant d’entraîner une dangerosité anesthésique : mieux vaut une simple sédation à la Kétamine qu’une anesthésie générale non maîtrisée.

Ce développement aura un coût mais permettra de faire des actes mieux payés pour l’hôpital.

Sans vouloir arriver aux standards occidentaux, il me semble inapproprié de cautionner des pratiques qui sont interdites en France pour des raisons de dangerosité.

Par exemple actuellement des rachi anesthésies sont parfois faites avec de la Bupivacaïne isobare, portant sur l’emballage  «Contre Indiqué pour la rachi » ( du fait de son hypobaricité il y a un risque de diffusion extensive) et sans disposer d’éphédrine (risque de collapsus irréversible).

 

Le développement de l’anesthésie a un coût. La question qui se pose et se posera obligatoirement : qui va assurer ce coût ?

Voici quelques tarifs trouvés sur internet :

Il y a actuellement environ 400 interventions chirurgicales (hors obstétrique) et environ 400 césariennes par an pouvant relever de la rachianesthésie.

Une rachi anesthésie nécessite :

Une aiguille (coût 15 700 Gnf la boîte de 50) soit 314 Gnf l’aiguille

Bupivacaïne Rachi (coût de 750 000 à 473 000 Gnf la boîte de 20) soit de 37 500 à 23 600 Gnf l’ampoule

Ephédrine (coût 136 000 Gnf la boîte de 10 ) soit 13 600 Gf l’ampoule

 

Coût estimé :

35 800 à 50 000 Gnf par rachi

soit un coût annuel de 29 000 000 Gnf à 40 000 000 Gnf pour les 800 interventions

Une étude similaire pourrait-être faite pour l’anesthésie générale

 

 

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