COMPTE RENDU – MISSION SANTÉ MATERNELLE

COMPTE RENDU

MISSION SANTÉ MATERNELLE

DISTRICT SANITAIRE DE KANKAN

Du 3 au 14 février 2020

 

 

Référent expert:

Valérie GEORGE

Sage-femme

 

 

 

Introduction

 

Depuis 2012, le district sanitaire de Kankan est appuyé par des équipes EDA. Le projet de lutte contre la mortalité maternelle et néo-natale, réalisé de 2012 à 2016, a permis l’amélioration des conditions de prise en charge des femmes enceintes à risque, mais de gros progrès restent possibles/indispensables. Dans le même temps, EDA a participé à la formation SONU des sages-femmes et des ATS de la maternité hospitalière et de certains centres de santé du district.

 

 

 

Objectifs de votre mission

 

  • Continuer le compagnonnage des personnels de la maternité hospitalière pendant les gardes de l’après-midi (en particulier un travail sur l’accompagnement des patientes)
  • Pointer chaque jour, à la maternité hospitalière la liste des admissions par références et évaluer si les contre références ont été effectuées

 

  • Initier un binôme formatif avec une sage-femme de la maternité hospitalière pour proposer des formations SONU aux personnels du centre de santé urbain de BORDO la 1ére semaine : s’assurer du maintien de la qualité des CPN et formations pour la prise en charge des accouchements, l’accueil du nouveau-né, les manœuvres obstétricales

 

  • Initier un binôme formatif avec une sage-femme de la maternité hospitalière pour assurer des formations SONU aux personnels du centre de santé rural de TINTI OULEN tous les matins de la 2éme semaine ; recueillir les avis de la communauté et des personnels du CSR sur les solutions possibles pour le financement des références des femmes enceintes à risque

Déroulement de la mission

Hôpital Régional de Kankan

Prise de contact en amont de la mission par mail avec le Dr Mamady SOUARE, Chef de service de la maternité, Saran KABA, sage-femme maîtresse et Fatoumata BINTA KEIRA, sage-femme référente pour notre travail en cours sur les références.

Dr SOUARE, Dr DOUBOUYA et Fatoumata BINTA KEIRA viennent nous accueillir le dimanche soir à l’hôtel Baté de KANKAN ce qui permet de valider les premiers objectifs de la mission de façon collégiale.

Les matinées seront consacrées aux centres de santé pour des supervisions, des formations et des évaluations de l’organisation des références et ce, en binôme avec Fatoumata.
Et les après-midis, notre travail consistera à accompagner les équipes hospitalières à Kankan dans la continuité des missions précédentes.

 

 

Observations et constats initiaux

Lundi 3 février

Présentation de l’équipe EDA lors du staff général
Puis staff spécifique maternité et présentation des objectifs de la mission :

-Traçabilité du nombre de références vers l’HRK en particulier

-Travail en pair à pair avec l’équipe hospitalière les après-midis

-Formations SONU les matins dans les centres de santé

Quelques questions émanent suite au staff car 3 patientes présentent une anémie sévère :

Le traitement de l’anémie aigue consiste en une transfusion d’une poche de sang (don familial iso groupe), le seuil transfusionnel est fixé à 7g, un relais per os par FAF est instauré ensuite.

Concertation avec Fatoumata BINTA KEIRA par rapport au programme de la journée de demain au CSU de BORDO où nous nous rendrons en binôme.

Je prends en charge un nouveau-né prématuré, pesant 1500g et placé dans la couveuse. Il semble en hypothermie et a des lunettes à 02 de taille non adaptée.

J’explique comment installer un sac de type « tente à O2 » qui pourrait permettre également de le réchauffer. Ceci est transmis ensuite au service de pédiatrie.

Je remarque qu’une jeune femme vient pour l’alimenter avec une seringue de gavage et du sérum glucosé. Il s’avérera que c’est la sœur de la mère. Nous lui expliquons avec Fatoumata que ce n’est pas à elle de réaliser les soins pour le nouveau-né, elle peut venir le voir tant qu’elle veut, lui parler et le toucher mais au vu de sa fragilité, seuls les soignants sont en charge des soins techniques. En début d’après-midi, nous sollicitons le Dr Aminata CONDE pour cet enfant : elle ignore qui a réalisé la prescription initiale. Gros flou autour de qui fait quoi, qui a prescrit quoi. Dr Condé souhaite le poids exact de l’enfant : nous le pesons à nouveau avec Fatoumata et une nouvelle prescription est réalisée pour administration de lait prénatal. Nous allons en informer la mère.

Il règne toujours autant d’agitation et de confusion au sein du service de pédiatrie.

L’enfant n’aura pas survécu le lendemain matin.

 

Mardi 4 février

Présence au staff général à l’HRK
Départ pour les CSU de BORDO avec Fatoumata

Nous nous présentons auprès du chef de centre Mamadou BALDE (IDE) ainsi que des équipes.

Poly Sena LAMAH (la sage-femme rencontrée en octobre dernier) est absente ce jour mais une 2° sage-femme a été nommée dans ce centre il y a 2 semaines, il s’agit de Kadiatou DOUKARA.

Fatoumata la connaît, elles ont travaillé ensemble à l’hôpital de Kankan.

Il y a également 2 ATS titulaires et 7 ATS stagiaires, toutes seront présentes lors des formations.

Le centre se trouve à environ 15 min en voiture de l’hôpital, il est ouvert depuis janvier 2019 et son activité est en pleine expansion.
Les locaux sont très propres.

 

 

Activité CSU de BORDO
MOISNb CPNNb accouchtNb Référence
Fév. 193270
Mars5070
Avril71202
Mai72180
Juin76200
Juillet80250
Aout75554
Septembre77652
Octobre75630
Novembre77650
Décembre80391
Janvier82600

 

Par chance,  une femme en travail se trouve en salle d’accouchement et nous accompagnons sa prise en charge :

=> la sage-femme Kadiatou suit le travail

=> Une des ATS prénommée Hawa réalise le partogramme sous la supervision de Fatoumata

=> Et nous organisons des questions/réponses en direct :

  • La prise du pouls : démonstration et exercices pratiques
  • qu’est-ce que la GATPA
  • comment coter le score d’APGAR
  • comment faire si la dilatation est rapide et va au-delà de la ligne ALERTE

(J’avais remarqué que sur tous les partogrammes, la courbe de dilatation suivait exactement la ligne     ALERTE)

Le soutien apporté à cette patiente est excellent. En effet, elle bénéficie de massage lombaire de la part de la sage-femme, de beaucoup d’empathie.

Je suggère qu’on lui  propose d’être accompagnée par une personne de son choix mais la femme préfère faire venir sa tante une fois que l’enfant sera né.

Cela nous occupe toute la matinée.

Nous décidons ainsi de reporter la formation au partogramme à demain.

 

Après-midi passé à la maternité hospitalière

Il y a 3 patientes en travail dans la salle d’accouchement.

A mon arrivée, je prends la main d’une des patientes qui semble paniquée. De ce fait, plusieurs soignantes me suivent et font la même chose que moi. Je leur fait remarquer que cela la calme et que ça facilite ensuite le travail des SF et ATS.

Une des parturientes accouche par voie basse avec une dystocie des épaules mais bien résolutive, l’enfant va bien. La femme ayant déjà perdu 2 bébés, elle nous sourit de façon merveilleuse lorsqu’elle voit son enfant.

Une patiente se présente avec rupture de la poche des eaux > 48H : elle frissonne et semble hyperthermique (en effet 39,6°C), le liquide est clair. Elle est tachycarde et son fœtus également. Elle sera hospitalisée avec traitement ampicilline 1g x 4/jour. J’apprendrai le lendemain qu’elle a accouché dans la nuit mais que l’enfant a été « réanimé en vain », infection materno-fœtale typique.

Une autre patiente est admise pour malaise à J8 d’un accouchement. Elle ne présente pas de saignements ni de signes d’anémie, est normotendue mais plutôt des troubles musculotendineux au niveau des mains. La sage-femme décide de l’hospitaliser pour troubles de la calcémie.

Au milieu de toute cette activité, je constate un bon enchaînement bionettoyage – phase de soins.

Une des patientes est examinée par Dr SOUARE qui diagnostic une disproportion fœtopelvienne avec risque de rupture utérine. Elle est lavée à l’eau et au savon avant son départ au bloc. Ceci démontre une amélioration des conditions d’hygiène.

Il semble qu’il y ait plus de matériel disponible = sondes urinaires, ballons de ventilation et masques. Pourtant il y a toujours pénurie de vitamine K pour les nouveau-nés (recommandations OMS) et aussi de SO4Mg pour les patientes éclamptiques.

 

Mercredi 5 février

Matinée consacrée au CSU de BORDO

Formation à l’élaboration du partogramme :

Rares sont celles qui semblent à l’aise, la plupart ont de réelles lacunes et des difficultés à comprendre l’intérêt de la ligne d’ALERTE, où positionner le 2° examen obstétrical par rapport à cette ligne d’ALERTE. Le manque de connaissance en géométrie semble rendre difficile l’appropriation d’un tableau à double entrée avec abscisse et ordonnée.

Nous expliquons et insistons sur le fait que l’outil est une aide à la décision pour le professionnel et non pas un moyen de contrôler le travail réalisé. Le fait pour la soignante d’être amenée à référer une parturiente ne doit pas être vécu comme un échec mais plutôt la preuve d’une bonne prise en charge avec diagnostic précoce qui permettra à la femme d’avoir confiance envers la sage-femme et l’encouragera à revenir la consulter. Tout ceci est expliqué par Fatoumata qui se montre fortement convaincante envers ses consœurs africaines.

 

Rencontre avec le technicien de laboratoire du CSU qui est intéressé par notre démarche.

Au CSU sont pratiqués : GS, Rhésus, taux hémoglobine, sérologie VIH et BW en tests rapides et albuminurie.

 

 

Après-midi à l’HRK

Une femme est accouchée par une jeune stagiaire sage-femme, l’accouchement se passe bien mais au moment de la délivrance, la traction cordonale est forcée alors que le placenta ne semble pas encore décollé. Ainsi le cordon est arraché et Fatou CAMARA est amené à prendre le relais pour réaliser une DA/RU.

S’en suit une autre admission, patiente primipare dilatée à 8cm. C’est Fatoumata qui la prend en charge de façon très calme avec beaucoup d’empathie et de soutien.

A l’examen suivant et après rupture de la poche des eaux, la femme pousse.

Fatoumata est tentée de faire une épisiotomie alors que nous en avions justement discuté ce matin et finalement la femme accouche avec un périnée intact : Fatoumata est très fière de son travail.

C’est un bel accouchement, la mère émue et pose un regard tendre sur son enfant, une fille de 2800g.

Nous échangeons à nouveau avec Fatoumata sur l’intérêt de l’épisiotomie.

Le Dr SOUARE me questionne sur l’organisation des maternités en France : quels sont les personnels présents en salles d’accouchements (SF, auxi puer, ASH) et choix des patientes sur le lieu d’accouchement : les patientes à bas risque peuvent-elles accoucher dans une maternité de type 3?

 

Jeudi 6 février

Matinée au CSU de BORDO

Nous débutons par une supervision des CPN. Celles-ci sont toujours bien menées et complètes avec accueil individuel, respect de l’intimité,  prise de TA à chaque CPN, prise de poids. Nous prodiguons quelques conseils pour bien interroger la femme et écouter ses plaintes.

-Formation à la pose du DIU avec atelier praticopratique sur mannequin

-Formation sur les métrorragies pendant la grossesse

-Point focus sur les indications de références en insistant sur le fait que les sages-femmes ont les compétences pour gérer les femmes mais pas les moyens techniques disponibles au centre de santé (nécessité de chirurgie le plus souvent lorsqu’il y a une pathologie ± transfusion)

 

Après-midi à l’HRK

L’activité est assez calme. Nous accompagnement Safi lors d’un accouchement normal SP.

Suivi du post-partum avec la sage-femme stagiaire et conseil pour le sondage urinaire (petite toilette, mise au propre de la femme).

 

Vendredi 7 février

Le matin à mon arrivée à l’hôpital, une éclamptique est couchée au sol sur des matelas. Elle est maintenue de force par 2 stagiaires et convulse. L’équipe est en attente du sulfate (SO4Mg) qui doit être apporté par la famille. Seules une sonde urinaire et une voie veineuse ont été posées, la femme est en anurie. Je demande pourquoi on ne lui fait rien de plus et la sage-femme me dit que son travail est bien avancé.

Le départ pour BORDO se fait assez tardivement en raison du décès du Dr KEITA et présentation des condoléances à la famille.

Présentation au chef de centre du document relatif aux transferts maternofoetaux et à l’intérêt des références (document remis en mains propres en version papier + version informatique sur clé USB)

Présentation de ce document aux 2 sages-femmes du CSU Pola Seny LAMAH et Kadiatou DOUKARA.

Tous les 3 valident le fait de souhaiter communiquer par smartphone et d’informer le centre receveur avant la référence. Ils sont intéressés pour obtenir un avis par téléphone lorsqu’ils sont en difficulté face à une conduite à tenir ou un diagnostic

 

Formation sur la préparation du SO4Mg et l’administration/posologie

Questions/réponses sur la prééclampsie et l’éclampsie

-information sur l’étiologie, c’est-à-dire la « maladie du placenta »

-diagnostic qui consiste en la présence conjointe de HTA + protéinurie

-traitement (anticonvulsivant et antihypertenseur)

-surveillance

-référence

=> Il nous est demandé de faire suivre les documents pour diagnostic, surveillance et traitement aux sages-femmes  et chef du centre de santé dès notre retour en France.

Rappel sur la formation dystocie des épaules et présentation du siège (formations faites en détail en octobre dernier)

 

Après-midi à l’HRK

En salle d’accouchement, 3 patientes sont en début de travail.

Je prodigue des massages lombaires notamment à 2 jeunes primipares qui me remercient.

L’ambiance est calme en salle d’accouchement.

La patiente éclamptique admise ce matin a accouché et son enfant est vivant.

 

Samedi 8 février

Au vu du « week end », départ plus tardif pour l’HRK

En salle d’accouchement, nous trouvons 2 patientes.

L’une d’entre elles est arrivée avec la matrone en fin de nuit pour épaule négligée et procidence du bras. Le fœtus est vivant. A l’arrivée de Saran KABA, celle-ci me demande mon avis et écoute les BdC au Doppler, les battements sont bons et ainsi elle contacte l’obstétricien en vue d’une extraction par voie haute.

L’autre patiente est la grande multipare admise hier, elle est donc là depuis 20h avec une rupture de poche depuis 5 jours, LA méconial, TV inchangé. Son travail stagne depuis hier.

Saran l’évalue et me demande de l’examiner moi aussi. Nous avons toutes les 2 le même examen ave un col dilaté à 4-5 cm, une présentation céphalique élevée, petite bosse sérosanguine, mais la présentation semble bloquée, et nous faisons le constat d’une MFIU.

Le Dr SOUARE est donc appelé pour les 2 femmes et il les confie au Dr KEITA.

Je prends en charge la patiente avec procidence du bras avec le Dr Keita et s’en suit la naissance d’un garçon de 2650g qui présente une bonne adaptation cardio-respiratoire.

Saran est ravie et me dit « nous avons bien fait ».

La patiente éclamptique d’hier va bien, son enfant va bien aussi (petit poids), elle est surveillée en chambre.

 

Lundi 10 février

Cette journée est entièrement consacrée à l’HRK

A mon arrivée une éclamptique se trouve au sol sur un matelas dans la salle des accouchées, elle est arrivée à 3h du matin.

Elle a été mise sous diazépam en perfusion, il semble qu’il n’y ait pas de SO4Mg car la pharmacie est fermée (il y en a à la pharmacie des urgences mais la sage-femme l’ignorait)

Elle ne convulse pas mais elle est inconsciente, elle est placée en décubitus dorsal, est dyspnéique.

A l’examen : TA 24/11

Col fermé, utérus tendu, absence de battements fœtaux

Toute l’équipe attend l’arrivée du Dr SOUARE

J’insiste sur l’importance de l’administration de SO4Mg pour la protection neurologique.

Après discussion avec l’équipe et intervention du médecin anesthésiste EDA, cette patiente bénéficie d’une césarienne sous AG avec extraction d’un enfant mort-né et surveillance en « soins continus ».

Nous irons la surveiller à tour de rôle, administration de LASILIX IV pour relancer la diurèse puis ALDOMET 250mg per os pour HTA (18/11). Elle restera semi consciente pendant 48h avec un visage bouffi +++ et probablement un œdème cérébral important.

Il n’y a pas de femmes en travail ce matin-là.

Je prends en charge une autre césarienne non urgente, VI pare 3 enfants morts, macrosomie.

Elle est très inquiète, parle français et je reste auprès d’elle. Grace à l’anesthésiste EDA, elle bénéficie d’une rachi anesthésie et le moment où elle voit son enfant est très émouvant : elle l’embrasse sous les champs opératoires. J’irai ensuite lui rendre visite tous les jours durant son séjour à la maternité.

 

Mardi 11 février

Départ pour le CSU de TINTI OULEN

Moussa DIAWARA  Chef de centre  infirmier DE

Doussou KOUROUMA   infirmière DE chargée CPN

Seny LAMAH  ATS

2 matrones sont en charge du ménage du centre et accompagnent parfois les sages-femmes

Il est prévu qu’une sage-femme soit nommée prochainement (la dernière en poste est partie l’été 2019)

Le CSU se situe à environ 45 min de piste de KANKAN en véhicule 4×4.
Il est propre, bien tenu et rangé.

Les CPN ont lieu les lundis et vendredis.

Des actions de sensibilisation auprès des populations locales sont menées ces jours-là également.

Elles ont lieu au CSU sur différents thèmes : l’importance de l’accouchement au centre de santé, l’importance de la 1ere CPN, comment utiliser la moustiquaire, la prévention de l’éclampsie, etc…

Le jour de notre venue, aucune femme ne se présente au centre (il y a eu un accouchement hier).

Dans la salle de CPN sont affichés les documents transmis en octobre dernier avec conseils sur les indications de références et de consultations spécialisées à l’hôpital régional.

 

 

 Activité CSU de TINTI OULEN de janvier 2019 à janvier 2020
janvfévmarsavrilmaijuinjuilaoutseptoctnovdecjanv
Nb CPN42354055151170285082536380
Nb Accts141413191557117126101416

 

 

-Formation à la demande des professionnelles sur l’accouchement par le siège (PPT, vidéo, mannequin)

-Formation à la réanimation du nouveau-né (nous avons apporté un mannequin)

-Formation prise de TA et prise de pouls (atelier, mise en pratique)

Nous évoquons l’importance du dépistage de l’HTA et la prééclampsie. La prise de TA doit donc être systématique lors de chaque CPN mais il n’y a pas de possibilité  de détecter une albuminurie à TINTI OULEN.

Malgré les explications et démonstrations prodiguées lors de notre visite en octobre dernier, aucune administration de SO4Mg n’a été réalisée depuis.

 

 

Discussion autour du thème des références

Actuellement chaque agent de santé possède un smartphone personnel et appelle l’ambulance de l’hôpital lorsqu’une femme doit être référée vers l’HRK. Le numéro de l’ambulancier est affiché dans la salle de CPN. Le coût est de 200 000 FG et la durée de l’aller simple de 45 min environ. Selon l’infirmière l’ambulance est toujours disponible, la famille de la patiente qui doit payer peut être amenée à emprunter la somme auprès de la communauté et elle rembourse ensuite les frais engagés.

 

Nous convions le maire du village à nous rejoindre

Celui-ci est élu depuis 2006.

Il nous informe que le relais communautaire doit être renforcé prochainement avec 33 agents et l’appui de 3 ATS pour couvrir le district et mener des actions de sensibilisation auprès des populations locales.

Le centre de santé couvre 8 postes de santé dont le plus éloigné se situe à 54 km du bourg.

La région est assez pauvre, il n’y a pas de minerai, pas de marché et donc pas de taxe et très peu d’argent liquide qui circule. Il y a quelques années, un système de « mutuelle » a été mis en place pour payer les frais de transport des parturientes mais ceux qui cotisaient et n’en bénéficiaient pas ont rapidement voulu cesser ce mode de fonctionnement.

L’argent du conseil municipal disponible est utilisé pour financer les bâtiments, notamment les écoles, et aussi les forages. Il n’est actuellement pas envisageable d’acheter du matériel ou d’investir dans autre chose.

Le maire a bien conscience du risque de morbimortalité lorsque la femme n’est pas référée à temps mais les conditions de transport sont difficiles. Les acheminements se font quelquefois en moto depuis le village jusqu’au centre de santé de TINTI OULEN. Nous suggérons qu’un takatakani serait peut-être plus sécure qu’une moto. Il a déjà pensé à cette alternative avec, bien entendu des pneus adaptés pour équiper l’engin et le rendre utilisable sur la piste. Le coût serait bien moindre que celui engendré avec l’ambulance et pourrait permettre le transport d’une femme d’un poste de santé vers le CSR principalement en réduisant les délais.

A sa connaissance, le coût pour un transport de TINTI OULEN à KANKAN est de :

En ambulance 200 000 FG

En takatakani  100 000 FG

En moto             50 000 FG

Actuellement, l’ambulance transporte uniquement des femmes du CSU vers l’HRK mais quid des parturientes qui se trouvent dans un poste de santé, voire à leur domicile ? Aucun mode de transport n’est organisé pour elles et seule une moto personnelle peut être utilisée. Ceci parait totalement insensé pour un cas d’hémorragie ou de procidence.

Il compte surtout sur l’appui des ONG pour aider sa région et se dit partant pour un projet de ce type.

 

Le chef de centre Moussa DIAWARA quant à lui estime que le système mis en place actuellement pour les références est satisfaisant. Il regrette de n’avoir jamais aucune contre référence de la part de l’HRK.

Il n’est pas très favorable au transport par takatakani.
Fatoumata est attentive aux difficultés de retour d’informations vers les centres de santé, elle transmet son numéro de smartphone.

 

D’un commun accord avec Fatoumata, nous nous retournerons dans ce CSR ultérieurement mais pas demain. L’activité obstétricale y est peu importante, nous avons réalisé nos objectifs pour aujourd’hui et préférons y retourner lors d’une journée dédiée aux CPN pour une meilleure supervision.

 

Mercredi 12 février

Ce matin le staff général est en partie dédié à la restitution de la mission EDA

La parole est laissée aux chefs de service pour font eux-mêmes un feed-back service par service.

Le Dr SOUARE rappelle alors qu’il est venu nous rencontrer dès le dimanche soir à l’hôtel et que les objectifs fixés ont été tenus, que nous avons travaillés en binôme avec une sage-femme hospitalière et que cela a été très apprécié des centres de santé. Il est fort à prévoir que ce travail portera ses fruits sur l’organisation des références.

 

Puis nous nous rendons au Centre de santé urbain de KABADA

Supervision des CPN

Les examens sont très sommaires et  limités à la prise de la HU ainsi qu’à la prise de poids.

Ce matin, la sage-femme est absente donc nous accompagnons l’ATS qui est chargée de la prise de la HU

Point focus sur l’importance de la prise de TA (ce n’est pas fait car l’appareil est « gâté »). Devant notre insistance, une ATS va chercher un tensiomètre et toutes les patientes auront leur TA relevées durant la matinée. L’une d’entre elles aura 17/11 et sera orientée vers la consultation du Dr BAH, médecin généraliste chef de centre.

Nous nous entretenons avec le Dr Bah à propos de la prise de TA à chaque CPN, élément qui nous semble incontournable, il nous dit que cette même remarque est faite par chaque mission qui passe au CSU de KABADA.

Fatoumata propose elle-même des pistes d’amélioration comme le fait que chaque professionnelle possède son propre matériel (c’est souvent le cas à l’HRK et cela permet de palier à de nombreux dysfonctionnements).

 

Après-midi à l’HRK

Rédaction d’une fiche de surveillance pour la période post opératoire des césariennes à la demande des sages-femmes (en collaboration avec le médecin anesthésiste EDA et Fatoumata)    cf annexe

En effet depuis l’absence de synthésards, elles se sentent démunies face à cette tâche qui leur incombe désormais.

Visite des patientes que j’ai accompagnées les jours derniers et qui sont encore présentent au niveau des pavillons.

L’activité est très calme en salle d’accouchement.

 

 

 

Jeudi 13 février

Matinée au CSU de KABADA
-supervision des CPN

Rappel de l’importance de la prise de TA  car les CPN ont débuté mais la TA n’est pas mesurée malgré nos recommandations de la veille. Nous renouvelons donc la demande et une des ATS va chercher un tensiomètre.

Ce matin une sage-femme est présente et procède elle-même à l’examen clinique avec mesure de la HU, vérification de la présentation fœtale et recherche des battements de cœur fœtaux.

-Formation sur la pathologie HTA gravidique, prééclampsie, éclampsie

En aparté des précisions sont apportées sur la physiopathologie de la maladie pour le Dr BAH puis présentation plus générale est faite au reste de l’équipe en binôme avec Fatoumata

L’interaction avec le groupe est bonne avec de nombreuses questions, elles sont principalement posées à Fatoumata.

Le Dr Bah insiste auprès du groupe sur le fait qu’à partir de maintenant chacune doit venir travailler avec un appareil de mesure de la TA.

-le document version papier concernant l’organisation des références est remis en mains propres au Dr BAH.

 

Après-midi à l’HRK

L’activité est calme en salle d’accouchement.

Je prends en charge une césarienne au bloc opératoire (utérus bicicatriciel et début de travail, garçon 3350g et bonne adaptation cardio-respiratoire). Compagnonnage des équipes IDE et IADE pour installation de la patiente, badigeon, et anesthésie car une partie du personnel infirmier s’est absentée en vue des obsèques du Dr KEITA.

 

 

Vendredi 14 février

Matinée à l’HRK

Activité dense au bloc opératoire avec plusieurs césariennes dont 1 pour HRP massif, hémorragie maternelle puis hystérectomie d’hémostase (probable CIVD) qui nous occupe sans relâche jusqu’à notre départ pour SIGUIRI en début d’après-midi.

 

 

Références

Vers l’HRK durant la mission 
Le 8 02
Depuis le poste de santé de TAMONY
stagnation du travail et métrorragies chez une primipare
Fiche de référence remplie, arrivée avec la voiture du village et 3 membres de la famille
A reçu une perfusion d’oxytocine pour diriger le travail à l’admission à l’HRK puis accouchement normal et retour à domicile

Le 8 02
Arrivée avec la matrone depuis le village de BANKALA
Procidence du bras sur présentation de l’épaule négligée chez IIIpare, en attente du Dr SOUARE
césarienne dans la matinée, enfant bien portant

Le 13 02
référence de l’hôpital de KEROUANE
Fiche rédigée par le Dr Antoinette ZANGUINO
Patiente éclamptique césarisée il y a 8 jours avec HTA persistante
TA 22/12 à l’admission, sans autre signe, mise sous SO4Mg IVL
TA 18/11 dans la matinée, conseils donnés pour un traitement par ALDOMET

Depuis le CSR de TINTI OULEN
Il y a eu 3 patientes référées depuis le début de l’année 2020 selon le chef de centre
On retrouve une traçabilité sur le carnet de références pour 2 d’entre elles :
-1 pour petite taille maternelle <1m50
-1 pour stagnation de la dilatation chez une primipare
Aucune fiche de contre référence n’a été retournée

Depuis le CSU de KABADA
Le carnet de références est tenu à jour par le Dr BAH. Plusieurs patients sont tracés pour différentes pathologies hors obstétrique.
Concernant la maternité :
-en septembre 2019 : douleur lombo pelvienne sur utérus cicatriciel
-en novembre 2019 : patiente enceinte avec fièvre + anémie et TDR négatif
-en décembre 2019 : douleur abdominale avec métrorragies sur grossesse de 7 mois
Il n’y a pas encore eu de référence depuis début 2020.
Le Dr BAH regrette de ne pas avoir de feed back suite aux références.

 

 

Activités de formations réalisées

Centre de santé urbain de BORDO

  • Pour toutes les sessions présence de 2 sages-femmes et 7 ATS

Formation à l’élaboration du partogramme

  • Présentation du document validé par l’OMS
  • Explications sur les données du document item par item
  • Démonstration sur comment le remplir avec tableau VELEDA et feutre
  • Exercices pratiques pour chacune avec partogrammes vierges apportés par SF EDA
  • Différents exemples concrets sont présents (physio et patho)
  • Correction point par point

 

Formation à la pose du DIU avec atelier de simulation sur mannequin

  • Présentation du matériel (stérilet en T, hystéromètre, pince de préhension type Longuette)
  • Démonstration de la pose sur le mannequin
  • Exercices de pose et vérification de l’emplacement ensuite

Formation aux pathologies de la grossesse

  • Hémorragies du 1er trimestre étiologies, diagnostic, traitement
  • Hémorragies des 2° et 3° trimestres   étiologies, diagnostic, traitement = référence

Formation à la préparation du SO4Mg

  • Dilution
  • Calcul de doses
  • Horaires d’administration

Rappel sur les formations aux manœuvres obstétricales (formations réalisées en octobre)

  • Dystocie des épaules
  • Accouchement par le siège

 

Centre de santé rural de TINTI OULEN

  • Présence de l’IDE et de l’ATS du CSR

Formation à l’accouchement par le siège

Formation à la réanimation du nouveau-né

 

Centre de santé urbain de KABADA

Supervision des CPN le 1er jour

Formation à la prise en charge de l’HTA gravidique, prééclampsie, éclampsie le 2° jour

  • Présence de 1 médecin, 4 SF, 20 ATS, 2 stagiaires, 1 matrone
  • PPT (cf cours Jo-Valérie)
  • Démonstration pour l’utilisation du SO4Mg par Fatoumata

 

Hôpital régional de Kankan

Travail en pair à pair avec l’équipe de sages-femmes en salle d’accouchement et au bloc opératoire pour les césariennes.

Accompagnement des patientes, notamment des jeunes primipares avec lesquelles j’échange surtout par le regard, à qui je tiens la main et que je masse au niveau lombaire. Les sages-femmes guinéennes m’observent et font le constat que les femmes s’apaisent et même quelquefois s’endorment. Je leur explique les bienfaits de l’accompagnement et du soutien que la sage-femme peut apporter aux parturientes et qui va leur permettre de mieux accoucher.

 

 

Moyens matériels disponibles

-Fiches techniques et power point réalisés en amont de la mission

-PC portable

-Mannequin bébé, masque et ballon de ventilation

-Mannequin féminin pour pose de DIU

 

 

Points forts

Le binôme formé avec la sage-femme hospitalière Fatoumata BINTA KEIRA pour les formations s’est révélé être un atout considérable. Celle-ci a la connaissance du terrain et des populations, elle possède également une certaine expertise professionnelle.           Elle a pu compléter mes explications en fonction des besoins locaux et aussi des moyens disponibles dont je pouvais méconnaître l’existence.

Sa présence auprès des acteurs de terrain dans les centres de santé a été très appréciée et elle a souvent laissé ses coordonnées afin de conserver un lien dans la durée.

 

Dans l’ensemble, les professionnels montrent l’envie d’apprendre et de progresser. Ils ont la volonté de faire le mieux possible ils sont attentifs et intéressés.

Au fur et à mesure des missions sur Kankan (il s’agit là de la 4° pour moi), une certaine complicité s’instaure ainsi qu’une confiance mutuelle et ceci permet un partenariat constructif avec les différents professionnels locaux.

 

Points à améliorer

Le dépistage et la prévention de l’HTA et de la prééclampsie

  • La surveillance plus stricte de la TA pendant la grossesse devrait permettre de réduire le risque éclamptique.

La prise en charge de la patiente éclamptique

  • Grace à la connaissance de la physiopathologie de la maladie, du traitement à mettre en œuvre et de la prise en compte de l’urgence vitale de la situation.

L’interface avec la pédiatrie pour la prise en charge des enfants prématurés ou à risque

  • Les prématurés sont désormais souvent « surveillés » en salle d’accouchement près de la prise d’alimentation du panneau solaire. Cependant, les soignants du service de pédiatrie ne se déplacent pas toujours suffisamment ou ne font pas de transmissions aux sages-femmes. Ces enfants sont encore plus isolés que lorsqu’ils étaient hospitalisés dans la salle de « néonatalogie ».

La prise en charge de la douleur

  • Notamment pour la période post opératoire
  • Césarienne ou chirurgie gynécologique

L’accès au bloc opératoire pour les césariennes

  • L’attente est souvent trop importante pour qu’une salle se libère et peut mettre en danger la vie de l’enfant et/ou de la mère. Exemple d’une femme avec placenta prævia ayant attendu 1 heure sur un fauteuil roulant dans le couloir du bloc lors de cette dernière mission.
  • Ce point avait déjà été souligné lors de la précédente mission alors qu’il y avait eu une activité importante en salle d’accouchement et des retards de prises en charge au bloc opératoire pour cause de salle d’intervention non disponible.
  • Est-ce dû à l’augmentation d’activité au bloc liée à la présence de chirurgiens français ? ou est-il récurrent que toutes les salles soient occupées et qu’il ne soit pas possible de débuter une césarienne ? La demande du Dr SOUARE serait d’avoir une salle dédiée à l’obstétrique.

 

Recommandations pour la suite des actions

Poursuivre le travail en cours sur les références, cet objectif ne peut qu’améliorer la santé des mères et des enfants. De plus, il fera de l’HRK un centre expert pour l’obstétrique.

Poursuivre les formations de type SONU dans les centres de santé.

Les qualifications en personnel y sont assez hétéroclites, les formations et informations sont à répéter sur du long terme afin de développer les connaissances des professionnels.

Encourager et faciliter les liens entre l’hôpital et les centres de santé pour un travail de partenariat au bénéfice des femmes.

Maintenir un contact en dehors des missions avec les professionnels guinéens et ne pas seulement être présents de façon ponctuelle sur Kankan.

 

 

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